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Finkielkraut : la défaite de la pensée

Des gestes élémentaires aux grandes créations de l’esprit, tout devient prétendument culturel et il est courant de nos jours de baptiser «culturelles» des activités « où la pensée n’a aucune part». La défaite de la pensée, essai d’Alain Finkielkraut publié en 1987 chez Gallimard n’a pas pris une seule ride et l’on pourrait facilement penser qu’il s’agit d’une réflexion sur le monde qui nous entoure.

N’est-il pas de nos jours devenu encore plus malséant que par le passé de ne pas mettre un signe d’égalité entre Beethoven et un groupe de rap au nom d’un multiculturalisme planétaire? «Si vous vous entêtez à maintenir une hiérarchie sévère des valeurs,c’est que vous appartenez au camp des salauds et des peines à jouir» notait déjà à l’époque le philosophe. Chacun lira La défaite de la pensée à travers son prisme ...culturel et qualifiera son auteur d’observateur avisé ou de ringard confirmé en fonction de ses propres choix mais l’essai de Finkielkraut nous explique comment on en est arrivé là. C’est à Herder et à son Autre philosophie de l’histoire, publié en 1774, qu’il faudrait remonter pour trouver la première entreprise de démolition de l’universalisme de certaines valeurs. Il n’y a pas d’absolu, estimait le philosophe allemand, aucune norme idéale, mais des valeurs régionales. A chaque période historique et à chaque période historique et à chaque nation de la terre, correspond un type spécifique d’humanité.

Goethe estimait au contraire que la culture humaine ne devait en aucun cas se réduire à la somme des cultures particulières. Il faut dire que l'impérialisme culturel français de l’ époque niait l'existence d'une culture allemande - ce qui était pour le moins exagéré - en ne voulant reconnaître qu'une langue le français- supposé tout pouvoir exprimer de façon parfaite - et qu'un seul système de valeurs - celui de la "civilisation" de la cour versaillaise, ce qui était un peu prétentieux. Dès le I8e siècle donc, le débat est lancé, et se prolonge encore de nos jours.

L’anthropologue Levy Strauss y aura contribué de manière notoire par ses enquêtes sur les tribus amazoniennes. Les cultures "premières" sont des systèmes culturels qui ont leur spécificité et leur finalité propres, et sont donc à ce titre tout à fait respectables. Il n’y aurait donc plus, dans le prolongement de cette pensée de valeurs universelles que l’on pourrait imposer au monde. Et par voix de conséquence, de critères de pensées. Et la Raison là dedans? Seule la pensée scientifique échappe à cette destruction des idoles. Tout le reste est culturel et correspond à un type spécifique d’environnement. Retour à Herder. Et les droits de l’homme, pourrait-on légitimement se demander ? Ne seraient ils pas à ranger, eux aussi, parmi ces normes idéales? Il y a encore du concept à moudre en perspective.jk.

 

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La défaite de la pensée, selon le philosophe français Alain Finkielkraut. Il est courant de nos jours de nommer "culturelles" des activités dans lesquelles la pensée n'a aucune part. Ce livre est une reflexion sur le monde qui nous entoure. Comment en est-on arrivé là?


A lire : idées-culture
La culture monde est- elle une supercherie?

La culture- monde comme l’apelle Lipovetsky, est-elle une supercherie destinée à masquer l’économisation totale de la planète, ou propose t-elle une nouvelle culture offrant par exemple une infinité de choix culturels et de possibilités de réalisation personnelle aux habitants de notre planète? Est-elle annonciatrice de nouveaux conflits encore plus durs qu’a l’époque des guerres nationales, qui n’opposeraient plus des Etats, mais des conglomérats culturels atomisés luttant pour leur survie ou leur suprématie? Même si leurs points de vue divergent, Lipovetsky étant plus optimiste que Juvin avec sa vision d’une humanité réconciliée, les deux auteurs ont l'honnêteté critique de répondre par le doute à beaucoup de questions.
Hervé Juvin. Gilles Lipovetsky. L’occident mondialisé. Grasset.
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