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Livres et loisirs

Les dessous de l'affaire Farewell, l'une des plus belles histoires d'espionnage de la guerre froide.

L'affaire Farewell vue de l'intérieur par deux anciens patrons de la DST

l'affaire farewellUn livre captivant pour les historiens de la guerre froide mais aussi pour tous ceux qui s'intéressent au monde ténébreux de l'espionnage.

"A l'intérieur le KGB c'est d'abord une odeur. Une odeur de renfermé, de vieille tabagie et de choux(...)mais ce qui frappe le plus en parcourant les longs couloirs, ce sont les portes des bureaux de part et d'autre, maculés par la cire des scellés apposés quotidiennement, ou maltraités par les travaux de serrurerie effectués à la diable, sans pitié pour les boiseries. De temps en temps apparait une porte capitonnée.Des allées et venues. L'atmosphère qui régne à l'époque n'a rien de particulièrement feutré,les discussions de couloir sont fréquentes. Aparemment le personnel est nombreux. D'une manière générale, il fait preuve d'un minimum de conscience professionnelle, mais la routine administrative et la sclerose de la pensée communiste ont installé un manque d'ardeur contagieux"

Les auteurs sont d'anciens haut fonctionnaires de la DST

Il y a de l'ambiance authentique dans ce livre de Raymond Nart et Jacky Debain. Et pour cause...les deux auteurs sont d'anciens hauts fonctionnaires de la DST. Nart a été pendant dix ans directeur adjoint, et Debain sous-directeur du contre-espionnage pendant neuf ans. Leur livre, paru aux Éditions du nouveau monde révèle pour la première fois les dessous de l'affaire Farewell, l'une des plus belles histoires d'espionnage de la guerre froide. Un officier du KGB Vladimir Vetrov avait fourni pendant plusieurs années des milliers de documents aux services français.

Guerre interne au sommet de l'état français à l'époque de Mitterrand

Le livre donne un éclairage nouveau sur cette affaire. Nart et Debain avaient en effet géré le dossier Farewell de bout en bout et racontent notamment- on est à l'époque de Mitterrand- la guerre interne qui s'est déroulée au sommet de l'état français pour discréditer les informations de Vetrov et faire passer Farewell comme une manipulation de la CIA. Les documents fournis par le Russe montraient que les Soviétiques considéraient l'espionnage comme le moyen le plus rapide pour rattraper leur retard technologique. Une taupe à la CIA, jamais démasquée à ce jour, signera l'arrêt de mort de Vetrov.

Le travail de renseignement

L'affaire Farewell de Raymond Nart et Jacky Debain nous permet aussi, au hasard de telle ou telle page, de découvrir ce qu'est vraiment le travail de renseignement. Comme lors de l'accident de Vetrov lorsqu'il était en poste à Paris. Le Russe qui travaillait déjà à l'époque pour le KGB avait emprunté sans autorisation une voiture de son ambassade et avait eu un accident, après une soirée bien arrosée. Fallait-il profiter de l'occasion pour tenter de le recruter? Vetrov avait peur de son incartade. En général le chantage ne marche pas, écrivent les auteurs en racontant que les "services" firent réparer sans contrepartie et au plus vite la 404 . "Dans ce métier comme dans d'autres, on ne fait rien de bon sous la contrainte, mieux vaut habileté et patience".

Un livre captivant pour les historiens de la guerre froide mais aussi pour tous ceux qui s'intéressent au monde ténébreux de l'espionnage.

Raymond Nart et Jacky Denain. L'affaire Farewell. Editions du Nouveau monde.


Tirage papier d'un microfilm pris par Vladimir Vetrov gràce a un appareil miniaturisé. On distingue nettement l'aiguille et le fil qui lui permettait de prendre les images à une distance prédéterminée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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