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La mort de Lénine

Athérosclérose ? Syphilis ? Mutation génétique ? Ou assassinat ?

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« Charlatan, syphilitique, pourri jusqu’à la moelle » : C’est ainsi que les Russes blancs, qui avaient fui leur pays et restaient farouchement opposés à la révolution bolchévique, présentaient Vladimir Ilitch Oulianov dit « Lénine », fondateur de l’Urss, premier État socialiste du monde.
L’hypothèse d’un Lénine syphilitique, rejetée par les dirigeants soviétiques comme une simple calomnie, est périodiquement avancée pour expliquer le décès du « leader de la révolution mondiale » le 21 janvier 1924 à 54 ans : la fleur de l’âge.

Lénine: la photo interdite

Quelques mois avant sa mort, Lénine avait eu une série d’attaques cérébrales qui l’avaient laissé paralysé, incapable de parler, avec un regard fixe, d’halluciné. C’est ainsi qu’il apparaît sur une célèbre photo que pendant des années le pouvoir soviétique a refusé de montrer.
Lénine, selon la version officielle, est mort d'athérosclérose. Pourtant des historiens connus pour leur sérieux penchent plutôt pour la thèse – jamais démontrée - d’une neurosyphilis, impossible à soigner à l’époque, la pénicilline n’ayant été utilisée pour les thérapies qu’à partir du début des années 40.


Lénine atteint de neurosyphillis

Mais pour des historiens renommés elle ne fait aucun doute. « Si j’ai affligé mon Lénine de cette syphilis qui, dans sa phase tertiaire, affecte l’esprit et les actes de la victime, c’est parce que cela me semblait clarifier plusieurs points qu’il était difficile d’expliquer autrement », écrit Robert Littell dans la postface de son chef d’œuvre sur la révolution russe « Requiem pour une Révolution ».Selon Littell, cette maladie permettrait d’expliquer certains traits du personnage, encore difficiles à comprendre. En particulier : «  l’instabilité de son humeur (refusant de bouger en juillet 1917, puis poussant tout le monde à la révolution trois mois plus tard, alors que les bolchéviks auraient tout obtenu lors de l’Assemblée constituante, ses projets grandioses (la révolution mondiale, l’électrification de la Russie, etc.) et la relative facilité avec laquelle Staline parvint à minimiser le dernier testament de Lénine qui le critiquait explicitement », explique Littell.

Lénine: les dirigeants bolchéviks ne pouvaient admettre que leur chef ait pu être victime d’une maladie honteuse,

L’historien K.R. Bolton précise que Lénine a été soigné pour la syphilis dès 1895. Il avait alors 25 ans. Près de 30 ans plus tard en 1923 il aurait suivi un traitement à base de salvarsan, un remède contenant de l’arsenic utilisé fréquemment contre la syphilis et qui, selon le professeur Witztum, cité par K.R.Bolton, aurait été efficace mais qu’il aurait fallu arrêter en raison de “sévères effets secondaires”.Après la mort de Lénine, rapportent aussi bien Bolton que divers historiens russes, les dirigeants bolchéviks, qui ne pouvaient admettre que leur chef ait pu être victime d’une maladie honteuse, ordonnèrent au professeur Alexeï Abrikossov de démonter que le « Vieux », comme ils le surnommaient affectueusement, n’était pas mort de la syphilis. De fait aucune mention de la syphilis n’apparaît dans le rapport d’autopsie. Mais selon divers spécialistes, assure K.R Bolton, les ravages cérébraux que le document évoque sont fréquemment provoqués par la syphilis. De plus, des 27 médecins qui ont soigné Lénine, seul 8 ont accepté de signer le rapport.

Lénine aurait attrapé la syphillis avec une prostituée parisienne

L’historienne britannique Helen Rappaport affirme de son côté avoir la preuve que Lénine est bien mort de la syphilis. Elle assure avoir consulté des documents à l’Université Columbia de New York et découvert que le savant Ivan Pavlov (Prix Nobel de Médecine pour ses études sur les réflexes conditionnés) avait écrit que «  la révolution avait été faite par un fou atteint de neurosyphilis ». Selon Rappaport, Lénine aurait attrapé la syphilis lors de rapports avec une prostituée à Paris en 1902. Pavlov, raconte-t-elle, était persuadé de la syphilis de Lénine et en aurait fait part à son ami Mikhaïl Zernov lors d’un voyage à Paris. Pavlov, souligne Rappaport, connaissait les médecins qui ont examiné le cerveau de Lénine après sa mort. Tous avaient diagnostiqué la syphilis mais n’en avait pas fait mention de peur de représailles. En 2004 trois médecins israéliens les Dr. Lerner, Finkelstein et Witztum ont publié un article dans The European Journal of Neurology pour soutenir cette thèse.

Lénine:une mutation génétique?

Une nouvelle théorie a toutefois vu le jour l’année dernière. Une phrase du rapport de l’autopsie a retenu l’attention des professeurs Harry Vinters, Lev Lurie et Philip Mackowiak : «Les artères cérébrales (de Lénine) étaient si calcifiées que lorsqu'on les tapota avec des pinces lors de son autopsie, elles retentirent comme si elles étaient de pierre». Au terme de leur étude les trois spécialistes ont déduit que Lénine avait été atteint d’une mutation génétique qui expliquerait ses trois AVC de même que ceux de son père et de ses trois frères et sœurs terrassés eux aussi par des maladies cardio-vasculaires.

Lénine a t-il été assassiné?

Il existe une quatrième version de la mort de Lénine. Mais elle n’a eu aucun succès. C’est celle de Léon Trotsky le rival acharné de Staline qui l’accuse d’avoir empoisonné le chef pour prendre rapidement sa place.
Alors ? Athérosclérose ? Syphilis ? Mutation génétique ? Ou assassinat ? En fin de compte l’important n’est-il pas plutôt de se rendre compte que la Russie a été dirigée pendant plusieurs années par un homme psychiquement malade ?

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