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Un portrait romançé de Philby, le célèbre espion britannique, par Robert Littell

par

Harold Adrian Russel Philby, dit « Kim » Philby, membre des services secrets britanniques mais travaillant pour le KGB soviétique, n’aurait en fait jamais cessé d’être loyal à sa patrie.

Philby n'aurait-il en fait jamais trahi sa patrie?

Une surprenante hypothèse, rarement avancée, mais que l’écrivain américain Robert Littell reprend entièrement à son compte dans un roman passionnant « Philby, portrait d’un espion en jeune homme» aux éditions BakerStreet  dans lequel il explore la psychologie et les motivations d’un des plus grands espions du XXe siècle.

Pourtant, c’est bien comme agent soviétique que Kim Philby a été débusqué en 1962, une dizaine d’année après ses acolytes de la « bande de Cambridge » Guy Burgess et Donald MacLean qui comme lui appartenaient à la haute société britannique et étaient par conséquent totalement insoupçonnables. Démasqué Philby a rejoint Burgess et MacLean en Urss où il est mort en 1988 et enterré avec les honneurs dans un carré réservé au généraux du KGB du prestigieux cimetière de Kountsevo, près de Moscou.


Robert Littell prend un malin plaisir à déconstruire cette version officielle au fil d’une vingtaine de chapitres dans lesquels Philby apparait décrit par quelques uns de ses meilleurs amis ou meilleurs ennemis, aussi nombreux d’un côté comme de l’autre.

Les soviétiques auraient douté de la loyauté de Philby

Les soviétiques eux-mêmes auraient, selon Littell, douté de la loyauté de Philby quand il a échoué à réaliser une mission que le KGB lui avait confiée : assassiner le dictateur espagnol Francisco Franco ! Une mission tellement extravagante que Philby ne l’a prise jamais au sérieux et l’a même accueillie par un grand éclat de rire contrairement au lieutenant du KGB Yelena Modinskaïa, qui n’y a vu aucune forme d’humour et qui a même conclu que le refus de Philby d’accomplir sa mission était une preuve évidente de son double jeu et de son appartenance aux services secrets britanniques. Au cours d’un savoureux face à face entre Staline et le lieutenant Modinskaïa, totalement inventé mais parfaitement vraisemblable, le « petit père des peuples », faisant preuve d’une logique implacable, retourne la situation en faveur de Philby et… fait arrêter la très zélée Modinskaïa !


« Le lieutenant Modinskaïa, est déterminée à discréditer l’agent Sonny (le nom de code de Philby). Ce qui fait naître le soupçon qu’elle puisse être un agent étranger. Dites nous franchement : pour qui travaillez-vous ? Les Allemands ou les Anglais », demande Staline à Modinskaïa pétrifiée.
Espion de haut vol, Philby est aussi un témoin hors pair de son époque et croise souvent des personnages qui ont parfois tenu entre leurs mains le sort du monde. Tel ce colonel d’un régiment de chars stationné non loin de la ligne Maginot en 1940 qui déclare péremptoire : « Les forts de M. Maginot sont parfaitement inutiles. (…) Les Allemands ne les attaqueront pas, ils les contourneront. ». « La prochaine guerre sera menée par des chars et gagnée par le camp le plus mobile », ajoute ce militaire qui n’est autre que le colonel De Gaulle.


Ainsi au fil des chapitres Littell mêle avec talent personnages réels et héros inventés pour retracer une période clé de notre histoire quand les idéaux trahis ont abouti aux dictatures les plus sinistres.

Philby. Portrait de l’espion en jeune homme. Robert Littell. BakerStreet.

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