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Le "village cosaque " de Paris

A Paris, la Compagnie des chemins de fer de l’Est a affecté aux cosaques un bâtiment Faubourg Saint Martin entre la gare de l’Est et le canal. « Un véritable village cosaque, écrit Jevakhoff. Les hommes vont décharger les trains comme avant ils avaient servi dans les rangs du régiment de cosaques de sa Majesté,combattu les rouges, gardé la frontière serbo-hongroise,construit une ligne de chemin de fer en Bosnie». A la tête de ces quatre-vingts cosaques,leur ancien chef le général Opritz. A leurs collègues communistes les cosaques n’oublient pas de donner leur version du communisme: quand les Russes aperçoivent une bouteille de vin dans le sac des ouvriers français ils s’en saisissent. Quand les protestations fusent, les cosaques rétorquent: « Tu es communiste. Moi aussi. Toi tu as du vin, moi pas. Alors donne, sans discuter, sinon au mur ! »

 

Cosaques en Galicie

Fête à Paris,à l'Association des anciens officiers de la Marine impériale russe, en l'honneur du capitaine de frégate Vassili Apollonovitch Grigorenko, grand-père maternel de l'auteur, pour les cinquante ans de sa sortie de l'Ecole navale de Saint-Petersbourg. Photographie de 1957. Le capitaine Grigorenko a alors 73 ans.

Les Russes blancs d'Alexandre Jevakhoff

Les Russes blancs d'Alexandre Jevakhoff revient avec des documents d’archives sur l’épopée du million et demi de Russes contraints de fuir leur pays,après la révolution de 1917,pour échapper à la guerre civile et aux exactions communistes.

L’auteur, un haut fonctionnaire, inspecteur général des Finances, déjà auteur d’une biographie de Atatürk, a fait là un remarquable travail d’historien. Le livre qui fait plus de 600 pages dans la collection Texto de Tallandier s’appuie sur de nombreuses archives privées comme celles de la famille Sokolov ou des mémoires de l’époque qui n’avaient jamais été publiées. L’auteur a également exploité, entre autres sources, les archives officielles françaises, ainsi que le fonds des archives gouvernementales russes.

Tout ceci pour dire que Les russes blancs est un travail qui n’a rien de commun avec les pseudo livres d'histoire que l’on voit éditer çà et là et qui se contentent de s’appuyer sur des documents de seconde main, sans jamais recourir aux sources. On trouvera dans cet ouvrage, aussi bien le récit détaillé des dernières convulsions qui ont conduit au massacre de la famille impériale et à la prise du pouvoir par les criminels bolchéviques, qu’une narration vivante et documentée de l’exode et de l’installation de l’émigration russe à l’étranger sans oublier les efforts vains des armées "blanches" pour lutter contre les Bolchéviques.

Ce qui frappe néanmoins un lecteur du 21e siècle est de constater l’aveuglement des dirigeants et hommes politiques de l’époque sur la véritable nature de cette révolution. La misère s’était déjà abattue sur le pays avec son cortège de massacres, mais les socialistes français lançaient pourtant aux émigrés cet incroyable appel:» Partout où vous irez, il y aura des hommes libres qui vous diront bien haut ce cri qui vous fait peur: «Vive la république russe des soviets, vive l’internationale communiste». En 1922, dans une lettre ouverte adressée au pape, le comité national russe, lancera cet avertissement prophétique: «(l’idéal communiste)est irréalisable sans une destruction préalable du type actuel de l’homme civilisé et de ses conceptions de la société humaine. Nous autres Russes, nous sommes les seuls à connaître par expérience toutes les horreurs de ce système satanique».Le pape ne répondra même pas à la lettre.

Un aveuglement qui fait frémir. «L’Europe fatiguée et déclinante, écrit Jevakhoff, ne veut pas entendre le discours missionnaire de l’émigration russe».


Alexandre Jevakhoff. Les Russes blancs. Tallandier.


Cette photographie,prise à Bizerte, représente le grand-père maternel de l'auteur le capitaine de frégate Vassili Apollonovitch Grigorenko avec des tirailleurs sénégalais, chargés de la garde des camps où se trouvaient les personnels, et leurs familles, de l'escadre russe de la mer noire évacuée par le général-baron Vranguel de Crimée à Constantinople fin novembre 1920 et envoyé en Tunisie par Paris (qui a longtemps hésité avec Mers-el-Kébir)