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Livres et loisirs

La bataille de Stalingrad

La bataille de Stalingrad vue par Alexander Werth

"Nos deux avions atterrirent au milieu d'une vaste steppe couverte de neige par une journée très froide et ensoleillée. Mais où précisément, je serais bien en peine de le dire. En bordure de l'aérodrome, on voyait un village et quelques bâtiments administratifs apparemment intacts. Nous nous trouvions quelque part au nord ouest de Stalingrad. Des volumes de fumée blanche s'élevaient des cheminées des isbas".

Alexander Werth est l'un des rares journalistes étrangers qui a pu visiter Stalingrad après la déroute de l'armée nazie. Il était correspondant à Moscou pour la BBC et le Sunday Times et parlait parfaitement russe. Sa famille appartenant à la grande bourgeoisie industrielle de Saint-Pétersbourg avait fui la Russie quelques semaines avant l'arrivée au pouvoir des Bolcheviks et s'était installée à Glasgow. Journaliste, il est envoyé en juillet 1941 à Moscou pour couvrir la guerre du coté soviétique. Il restera en URSS jusqu'en 1948.

Werth exploite dans ce livre une grande quantité de sources, d'articles de presse et de témoignages d'acteurs-clés, comme ceux des généraux soviétiques Talanski et Tchouïkov, pour décrire les combats, puis la stratégie soviétique de l'encerclement. Les Allemands pris au piège n'avaient plus grand chose à espérer. Mais la partie la plus captivante est la dernière partie du livre dans lequel Werth est amené, avec d'autres correspondants étrangers, vers les lieux de détention de l'état major allemand qui vient de capituler. Il ne verra que de loin le maréchal von Paulus, commandant en chef de la 6e armée qui a capitulé le 31 janvier 1943 avec des pertes en vies humaines estimées a 100 000 hommes.

"On ne nous autorisa pas à lui parler, raconte Werth. On nous le montra seulement pour que nous puissions témoigner qu'il n'avait pas mis fin à ses jours. Accompagné par deux autres officiers, il sortit d'une maison,descendit quelques marches, s'immobilisa et regarda l'horizon dans un silence de mort. L'un des deux officiers était le général Schmidt, son chef d'état major, un sinistre personnage ressemblant à Goering, coiffé d'un étrange chapeau de fourrure imitation léopard. Von Paulus avait le teint blafard d'une personne malade, et un tic nerveux faisait tressaillir sa joue gauche. Il affichait plus de dignité naturelle que les autres et ne portait qu'une ou deux décorations". Les autres officiers paraissent en meilleure forme et ne donnent nullement l'impression d'avoir été sous-alimentés pendant les combats. "Apparemment, écrit Werth, ils avaient continué à être bien nourris pendant que leurs soldats mourraient de faim".

Ce livre est la traduction d'un extrait de l'ouvrage original en anglais publié en 1946 à Londres et intitulé The year of Stalingrad. An historical record and a study of russian mentality,methods, and policies

Von Paulus, révolté par la répression opérée dans les rangs de l'armée après l'attentat raté contre Hitler, sera un témoin à charge au procès de Nuremberg. Il s'installera après sa libération en Allemagne de l'Est où il se laissera manipuler par la dictature communiste.

Alexander Werth. Stalingrad 1942. Fayard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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