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Le trésor des Incas

Il est vraisemblable que les derniers seigneurs des Incas aient caché une partie de leur or pour le soustraire à la cupidité des conquistadors.

Un entretien avec l'historienne Carmen Bernand spécialiste des Incas

Paititi...cette cité mythique de l'amazonie péruvienne où les "derniers" incas se seraient réfugiés avec leur trésor et qui serait toujours enfouie dans la jungle..Y a t-il une once de vérité dans ce mythe?

Carmen Bernand: Pendant longtemps on a considéré que Paititi, comme Manoa ou l’Eldorado, était une cité fabuleuse imaginée par les conquistadores. Cependant la découverte de Mameria près du Madre de Dios, a relancé l’idée que cette légende comportait un fond de vérité. D’ailleurs Paititi est mentionné par les quipucamayoc (lecteurs de quipu) en 1543 ainsi que par le témoignage détaillé d’un Espagnol du XVIe siècle, Alvarez de Maldonado. S’il est vrai qu’il existe des ruines inca dans la région du haut Madre de Dios, Paititi – à condition qu'elle ait existé – se trouverait plutôt dans la région de Mojos (Beni, en Bolivie actuelle) ou encore dans la vallée du Paucarmayo (rio Madeira au Brésil).

Le trésor d'Atahualpa. Des chefs incas, apprenant la mort de leur empereur, ont-ils caché quelque part une partie de la rançon qu'ils devaient apporter à Pizarro. Qu'y a t-il de vrai dans les récits que l'on retrouve un peu partout sur cet épisode?

Carmen Bernand:Il est vraisemblable que les derniers seigneurs des Incas aient caché une partie de l’or pour le soustraire à la cupidité des conquérants, mais il est difficile d’en trouver la preuve. Dès la mort d’Atahualpa, et jusqu’à nos jours, les paysans andins croient que l’or des Incas se trouve enterré dans des crevasses des montagnes ou au fond des lacs. Ces suppositions trouvent un écho dans les anciennes croyances relatives aux huacas et aux gardiens des montagnes et des richesses, qui existent encore dans la plupart des régions de la Cordillère.

Vous signalez dans votre livre que les sacrifices d' enfants se sont poursuivis dans certaines communautés indiennes jusqu'à l'aube du XX siècle. Dans quel but ces enfants étaient il alors massacrés, puisque la "raison" de ces sacrifices était, à l'origine, d'épargner souffrance et maladie au souverain inca - disparu à cette époque?

Carmen Bernand: Les sacrifices d’enfants étaient des offrandes faites aux entités ancestrales matérialisées dans des montagnes et des lieux sacrés, afin de conjurer les calamités et éloigner les cataclysmes. A l’époque des Incas, ces offrandes humaines visaient également à préserver la santé du souverain et lui assurer des triomphes militaires. La chute de l’empire impliqua la disparition des cérémonies liées à l’Etat et au pouvoir central. Mais les croyances liées aux ancêtres et au terroir, subsistèrent, mélangées en partie à des rituels chrétiens. Interdits par la loi, les sacrifices humains furent pratiqués par les communautés, exceptionnellement, et de façon clandestine, jusqu’au XXe siècle.


Garcilaso de la Vega, l'un des chroniqueurs les plus cités à propos de la société inca, en a fait une description idéalisée. Quelle serait la source la plus fiable parmi tous les récits de l'époque?

Carmen Bernand: La chronique de Garcilaso de la Vega, bien qu’idéalisée, n’est pas une fiction et contient des données intéressantes. Tous les récits du XVIe siècle, dont ceux de Pedro Cieza de León et de Juan de Betanzos, qui se fondent sur leurs observations personnelles et les témoignages des élites inca, apportent des informations de première main. Une source indispensable, bien qu’étant de facture plus tardive, est celle de Guamán Poma de Ayala, qui livre une chronique illustrée des Incas avant et après la conquête espagnole.


Quelle appréciation portez vous sur la politique "indigéniste" de l'actuel Président bolivien Evo Morales, alors que vous signalez vous même les limites de la continuité culturelle "incaïque" dans les populations andines?

Carmen Bernand: Précisons qu’Evo Morales revendique pour la Bolivie non pas les Incas, qui étaient des conquérants étrangers, mais les Kollas, de langue aymara. Toutes les politiques « ethniques » sont nécessairement des reconstitutions idéologiques, car il n’existe pas de « peuple pur ». Mais pour la première fois, les Indiens de la Bolivie – ou ceux qui se reconnaissent comme tels – ont grâce à Evo Morales une participation politique dans les affaires de l’Etat et une visibilité. La nationalisation des richesses du sous-sol bolivien, pillées depuis toujours par des compagnies étrangères ou privées, trouve sa justification dans cette idéologie indianiste.

 

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Les Incas ont caché des trésors dans les Andes pour les soustraire a la cupidité des Espagnols. Un entretien avec Carmen Bernand, l'historienne française spécialiste des Incas





 

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