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Le sentiment de l'échec chez Kafka

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La peinture de l'échec prend chez Kafka un tour cauchemardesque non seulement parce que l' échec échappe à toute logique, mais également parce que les détails de l'action sont eux-mêmes cauchemardesques. Le sentiment d'échec est d'autant plus profond qu'il se mue, comme par exemple dans le Procès, en un sentiment de culpabilité. L'homme quoi qu'il fasse est condamné. Joseph K dans Le procès ne connait pas la loi non parce qu'il commet des erreurs mais parce qu' il est impossible de la connaître.

Zénon d'Elée est un philosophe grec présocratique célèbre pour ses paradoxes. C'est ainsi qu'il montre qu'un coureur comme Achille ne pourra jamais rattraper une tortue. Imaginons qu'Achille donne a la tortue cent mètres d'avance. Lorsqu'il aura rattrapé ce retard de 100 mètres, la tortue aura avancé. Et ainsi de suite. A chaque fois que le coureur atteint l'endroit ou se trouve la tortue, elle est encore plus loin, même si la distance devient en fin de compte infinitésimale

Le procès et Le château de Kafka ont un mécanisme semblable aux paradoxes du philosophe grec. Dans Le procès, le personnage principal, Josef K, traduit devant la justice dans un procès absurde, n'arrivera jamais à savoir de quel crime on l'accuse, ni même à comparaître devant un tribunal, et il finira égorgé. "Ou était le juge qu'il n'avait jamais vu? Ou était la haute cour à laquelle il n'était jamais parvenu? Il leva les mains et écarquilla les doigts. Mais l'un des deux messieurs venait de le saisir à la gorge; l'autre lui enfonça le couteau dans le coeur et l'y retourna par deux fois. Les yeux mourants, K. vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient le denouement joue contre joue. "Comme un chien!"dit-il, c'était comme si la honte devait lui survivre".

Même cheminement dans Le château où un arpenteur appelé dans le domaine, ne parviendra jamais à y rentrer et mourra sans être reconnu par les fonctionnaires du château qui demeurent insaisissables. Le château est inaccessible, non seulement pour K, le personnage principal de ce roman inachevé, mais également pour tous les gens du village. Il y a là bien sur la peinture de l'échec, mais elle prend chez Kafka un tour cauchemardesque, car cet échec a une logique qui nous échappe, comme celle des paradoxes de Zénon, mais aussi parce que le détail des narrations de Kafka plongent le lecteur dans une réalité déformée. Comme la tenue par exemple de l'homme qui vient arrêter Josef K dans Le procès : un costume noir avec une ceinture, des boucles, des boutonnières et des poches qui lui donnent un aspect très pratique sans que l'on sache très bien à quoi cela sert. Autre exemple, mais ils sont innombrables dans l'oeuvre de Kafka, la salle d'audience du tribunal dont le plafond est si bas que les personnes qui la fréquente apportent des coussins pour ne pas cogner leurs tètes et semblent toutes bossues.

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