Argentine: la tombe d’Evita Peron

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Etonnante Argentine. Rien ne vaut une promenade à travers les  monuments funéraires du cimetière de la Recoleta pour comprendre l’âme de ce peuple. D’incroyables caveaux funéraires  surplombés  de statues à la gloire de leurs occupants. Mais une tombe plus modeste, est  régulièrement fleurie: celle d’Eva Peron, la madonne des sans-chemises (descamisados), femme du dictateur argentin Juan Domingo Peron, et égérie du régime.

Toutes les gloires d’Argentine sont là figées dans le marbre: généraux en costume d’apparat appuyés sur leurs épées, présidents et milliardaires du bétail. Une débauche de statues et de mausolées qui donne au clair de lune à ce cimetière des allures de Pompeï. La tombe d’Evita semble, elle,  bien modeste comparée à tous ces mausolées. C’est un simple caveau familial avec en haut le nom de la famille « Familia Duarte » avec  de chaque coté de la porte, encombrée de bouquets de fleurs, des plaques de cuivre vissées dans le marbre avec des citations d’Evita « La seule chose que je souhaite est de servir les pauvres et les travailleurs » ou des proclamations en son honneur « Elle illuminera toujours le chemin de la justice sociale ».

Evita était pourtant une redoutable croqueuse de diamants. Les bijoux, écrit Alicia Dujovne Ortiz, dans une excellente biographie, la tranquillisaient comme d’autres la nourriture . Ne pouvant manger par peur de grossir, elle exprimait sa boulimie  à travers les bijoux, émeraudes ou rubis, qu’elle suçait et mordait. Les pauvres, avait-elle dit une fois, aiment me voir belle.

Evita avait été embaumée après son décès en 1952 mais les militaires qui avaient renversé Péron ne voulaient pas que sa sépulture devienne un lieu de pélerinage. On  avait déplacé sa dépouille d’un endroit à un autre, d’un bâtiment militaire à un terrain vague, puis secrètement transporté le corps en Italie, pour l’enterrer sous un faux nom à Milan.  Peron exilé à Madrid avait finalement récupéré le cercueil, et pratiquait, dit-on, près du corps, d’incroyables séances d’exorcisme en compagnie de son âme damnée, le sinistre Lopez Rega qui allait devenir le patron de la Triple A ( Alliance Anticommuniste Argentine), une organisation para-militaire responsable d’innombrables meurtres et enlèvements sous la présidence d’Isabel Peron, la deuxième femme du vieux dictateur.

 

Le cimetière de la Recoleta à Buenos Aires

Le cimetière de la Recoleta à Buenos Aires

 

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