Salomé la magnifique de Richard Strauss

Strasbourg: Salomé, la Magnifique: Opéra de Richard Strauss par l’Opéra National du Rhin. Mise en scène par Olivier Py

par Alice Blanc

Relatant le récit biblique conté dans les évangiles de Marc et de Matthieu, « Salomé » n’a jamais cessé d’inspirer musiciens et auteurs tant ses thèmes universels et atemporels (le désir, le pouvoir, la folie entre autres) raisonnent encore avec vigueur dans notre société.

Cet opéra en un acte de Richard Strauss a choisi la version d’Oscar Wilde sous la plume duquel c’est une Salomé spirituelle qui se dessine, une jeune femme en quête d’absolu qui n’est pas simplement la séductrice invétérée que l’Histoire retiendra.

Campée par la talentueuse Helena Juntunen, elle se fait presque même figure prophétique lorsque sa bouche déclare que : « Le mystère de l’amour est plus grand que le mystère de la mort ». C’est une femme en devenir qui oscille encore fébrilement entre le monde léger de l’enfance et celui de la maturité emprunt de tragique.
Cette innocence transparaît au travers de la scène où, vêtue d’une coiffe et d’un costume d’Indienne, elle semble perdue dans la forêt vierge comme déjà prise au piège son propre jeu qui se refermera fatalement sur elle.

Outre le personnage de Salomé, c’est également un Jean-Baptiste contrasté que nous retrouvons. Robert Bork qui prête sa voix et ses traits au prophète est loin de l’image lisse qu’on pourrait lui attribuer. En effet, ce Jean-Baptiste est vulnérable car en proie à une lutte intérieure entre son corps de chaire, qui doit résister aux charmes de Salomé, et son message de fidélité au Messie qu’il annonce. Jean-Baptiste, malgré la position de la croix qu’il adopte comme un effet de miroir avec le Jésus qui l’accompagne, n’est donc pas un reflet de son maître fait de bois.

Au-delà des mots, les corps parlent dans cet opéra où la danse finale de Salomé peut être vécue comme une sorte de mise à mort tant les mouvements de la jeune femme transpirent plus la peur que la séduction. Strauss joue avec virtuosité avec la musique qui nous ferait presque entendre les larmes étouffées de Salomé qui réalise que sa danse sonne l’arrivée de quelque chose de tragique.

De plus, le corps est aussi utilisé comme un outil au service d’une critique de notre société notamment lorsque des corps dévêtus se livrent à ce qui ressemble à une orgie sur fond de buildings et sous une pluie de billets.
Un peu plus tard, c’est sous le regard d’un Jésus pendu par les pieds, que ces mêmes individus continueront leurs ébats comme pour dénoncer visuellement la perte de valeurs morales qui règne. La phrase de fin inscrite en lettres étoilées : « Gott is tot » (« Dieu est mort ») empruntée à Nietzche corrobore cette idée de perte de fondations et le besoin de réparation de ce monde devenu chaotique.

Salomé aussi sera présentée sous le regard de Jésus mais cette fois c’est un Jésus, monté aux Cieux qui semble pardonner à la jeune femme qui a également choisi le sacrifice par amour mais sans en avoir pris pleinement conscience.

Salomé est un opéra exigeant qui pousse ses chanteurs aux limites des prouesses vocales notamment lorsque le personnage phare demande fougueusement qu’on lui apporte la tête de Jean-Baptiste ou qu’elle sombre doucement dans la folie en embrassant ce visage aux yeux clos. Sa passion ardente a fini par la consumer et la perdre sans que l’objet de son désir n’ait pu lui offrir de réponse.

D’ardeur et de folie à la limite du ridicule, il est aussi question au travers d’Hérode qui, se rendant compte de la portée de sa promesse, va tenter d’acheter Salomé par tous les moyens que ce soit avec des pierres précieuse ou des colliers de diamants. Le rythme de la musique devient haletant comme l’homme qui perd les mots, cherche à gagner du temps et convaincre la jeune femme de revenir sur son choix.

Le parallèle avec le mythe de Faust est ici incontournable et habilement suggéré par la présence d’un ange rouge présent chaque fois que la mort approche ou qu’elle est survenue. C’est ce même démon qui s’emparera de la bague d’Hérode signe d’un pacte tacite qu’il a accepté de signer sans le savoir en vendant sa morale contre son désir tout comme sa belle-fille qui suivra son chemin.

La mise en scène d’Olivier Py sur ce « Salomé » de Strauss dépoussière ce classique en insufflant un vent de dynamisme et une force vitale sur cette œuvre considérable à ne pas manquer.

A voir à :

STRASBOURG les 19 mars à 15h, 22 mars à 20h
MULHOUSE les 31 mars à 20h, 2 avril à 15h

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