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Magellan: un portrait du grand explorateur par Stefan Zweig

Magellan avait trahi sa patrie, le Portugal
par André Birukoff

Jamais un traitre ne sera rentré dans l'histoire avec autant d'éloges. Sans doute parce que l'exploit qu'il a réalisé a fait oublier la traitrise qui en est à l'origine. Fernand de Magellan, traitre à sa patrie, le Portugal, s'est mis au service de l'Espagne pour être le premier à découvrir un passage, jamais franchi avant lui, au sud du continent américain et commencer le premier tour du monde de l'Histoire.

Magellan: un voyage équivalent à ce qui de nos jours fut le premier vol habité sur la lune

Sur les portraits qu'on a de lui Magellan a bien la tête du traitre d'opérette : des yeux sombres à moitié clos, les joues creuses mangées par une longue barbe d'ayatollah, le tout coiffé d'une étrange toque. Il était de petite taille, a-t-on rapporté, et claudiquait comme le diable suite à une blessure au genou.
Heureusement pour lui les historiens n'ont pas retenu que cet aspect caricatural du personnage. L'un de ses biographes, Stefan Zweig, lui a, à juste titre, tressé les lauriers qu'il mérite pour avoir, sinon réalisé entièrement du moins initié, un voyage qui, à notre époque, aurait pour équivalent le premier et unique vol habité sur la lune.

Magellan: Stefan Zweig avait pour lui une véritable fascination

Relire ou lire le Magellan de Zweig est un plaisir dont on aurait vraiment tort de se priver. Conteur hors pair, Stefan Zweig transmet de manière magistrale la fascination qu'il éprouve pour son héros. Il a décidé d'écrire sa biographie au cours d'un voyage en bateau qui lui semblait long à mourir. L'écrivain se rappelle alors les premières expéditions, harassantes et périlleuses, des grands navigateurs et a honte de son confort. Dans la bibliothèque du paquebot il trouve un livre sur Magellan qui le passionne mais qu'il juge incomplet. Il décide alors de raconter lui-même la fabuleuse histoire et sous sa plume la biographie devient aussitôt un roman d'aventure.

Magellan: gagner par l'ouest la route des épices

Quand Magellan propose aux Espagnols de gagner par l'ouest la route des épices, la richesse la plus convoitée de l'époque, il est déjà un marin aguerri pour avoir participé avec les Portugais à de nombreuses expéditions, toujours en naviguant vers l'est. Il arrive à convaincre les Espagnols que l'autre route, celle qu'il faut encore découvrir, est bien meilleure et qu'elle les conduira à moindre frais et à moindre risque vers des terres où les épices abondent. Des terres qui leur reviennent de droit, assure-t-il, en vertu du traité de Tordesillas, ce Yalta du 15è siècle, qui a vu Portugais et Espagnols se partager le monde.

Magellan: les doutes de l'équipage

Sur le papier tout est parfait, mais sur la mer tout se complique. La flottille de cinq navires et 265 marins, quitte Séville le 20 septembre 1519 et dès le début les ennuis commencent. Les bateaux n'avancent pas et la route choisie intrigue les capitaines espagnols qui commandent trois des cinq navires. Magellan sait-il où il va ? Le passage dont il parle existe-t-il ?, s'interrogent les Espagnols de plus en plus méfiants à l'égard du traitre portugais. Une rébellion éclate le 31 mars 1520. Habile, Magellan parvient à la mater. Il condamne à mort un des rebelles tandis que d'autres sont débarqués avec pour tout bagage une épée et un bout de pain.
Magellan pleure de joie quand il découvre enfin le passage tant espéré et qui depuis porte son nom. Mais la seconde partie de l'expédition est tout aussi ardue que la première. La flottille, réduite à quatre bateaux après la défection d'un navire, continue d'errer sur un océan désert et calme que Magellan baptise « Pacifique » tandis que l'équipage affamé souffre du scorbut et du béribéri.
Arrivé à grand peine aux Philippines le navigateur obstiné peut souffler un peu et embarquer les épices dont il espère tirer de mirifiques profits. Il parvient à convaincre un roitelet local à faire allégeance au tout puissant Charles Quint. Hélas, un autre satrape ne l'entend pas de cette oreille et se rebelle. Magellan pense le ramener à la raison avec une soixantaine d'hommes armés d'arquebuses. Mais des milliers d'indigènes attendent de pied ferme le « commando » qui succombe sous le nombre tandis que Magellan, l'œil transpercé par une lance, agonise piétiné par des assaillants qu'il ne peut plus repousser.

Magellan: la gloire de son exploit reviendra...à son successeur

Une fin d'autant plus triste qu'aucun des proches de Magellan ne tirera profit de son exploit dont la gloire reviendra à son successeur, l'Espagnol Sebastian del Cano, fêté en héros à son retour à Séville le 6 septembre 1522, presque trois ans après le début du voyage. La flottille ne compte plus alors qu'un seul bateau et à peine 18 rescapés. Un bilan d'autant plus désastreux que Charles Quint revendra par la suite aux Portugais les iles Moluques tandis que le passage trouvé par Magellan, trop houleux, trop froid et trop dangereux, n'a jamais été utilisé.


Le sort normal d'un traitre pourrait-on dire. Une conclusion que Zweig, bien évidemment ne partage pas. « Celui qui a une œuvre à accomplir, une découverte à faire ou un exploit à réaliser qui intéressent l'humanité entière, celui-là, sa vraie patrie ce n'est pas le pays où il est né mais son œuvre elle–même », conclut-il admiratif.

André Birukoff

Magellan. Stefan Zweig. Livre de poche.

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Magellan, le grand navigateur,était aussi...un traitre.Portugais d'origine il s'était mis au service de l'Espagne pour être le premier a commencer le premier tour du monde de l'histoire





 

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