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La CIA et les frères musulmans

 

Les tentatives des pays occidentaux pour rallier à leur cause le monde musulman ne datent pas d'hier. Mais force est de constater qu'elles se retournent en général contre leurs auteurs. Les organisations musulmanes ne se sont pas laissées faire et les états qui avaient cherché à les manipuler se sont retrouvés les dindons de la farce. On sait comment le soutien apporté par les Etats-Unis aux combattants afghans dans leur lutte contre l'occupation soviétique a conduit au 11 septembre. Mais Ian Johnson, un journaliste américain,lauréat du prix Pulitzer,montre dans son livre Une mosquée à Munich publié chez JC Lattès que les précurseurs en la matière avaient été ...les nazis. Ceux-ci avaient recruté des combattants musulmans en Asie centrale pour combattre l'URSS. Stratège de cette politique : Gerhardt von Mende, responsable de la division Caucase à l'Ostministerium. Après la guerre, la CIA reprendra le flambeau et utilisera les musulmans soviétiques restés à l'ouest pour des opérations de propagande et de déstabilisation en direction de l'Union Soviétique. On pourrait penser, à la lumière des derniers événements, que les Etats-Unis seraient devenus plus prudents dans leurs relations avec le monde arabo-musulman, mais la CIA, écrit Johnson, a décidé en 2005 " de soutenir les frères musulmans en renouant avec sa politique des années 1950". Appui intéressé bien sûr: "Les mouvements liés aux frères musulmans vont sans doute jouer un rôle déterminant dans l'avenir de l'islam politique en Europe" note un rapport de la centrale de renseignements cité dans le livre. L'excellent ouvrage de Johnson s'appuie sur de nombreux documents d'archives et aurait pu avoir comme sous-titre: des liaisons dangereuses.
Ian Johnson.Une mosquée à Munich. JC Lattès

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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A lire : monde
Le terrorisme est une constante dans l'histoire de l'humanité

Le terrorisme, phénomène des temps modernes? Sans doute la société numérique a t-elle bouleversé l'environnement en donnant notamment à chaque acte terroriste un retentissement mondial mais le terrorisme a existé en tant que tel depuis fort longtemps.

Tuer pour ses idées est une constante depuis l'aube de l'humanité et les guerres de religion en France ou les pratiques barbares de la chrétienté sous l'inquisition valent bien les massacres perpétrés par les terroristes islamiques. Ce n'est pas le moindre des mérites du petit livre (richement illustré) de François-Bernard Huyghe sur les Terrorismes, Violence et propagande publié dans la collection Découvertes de Gallimard, de remettre intelligemment les pendules à l'heure en rappellent que l'assassinat politique est banal depuis des millénaires.

"Le débat autour de la légitimité du tyrannicide - doit-on tuer un oppresseur pour libérer un peuple?- oppose Platon et Aristote, puis les théologiens chrétiens" écrit Huyghe et l'auteur rappelle que la guérilla est déjà théorisée au Xe siècle par le byzantin Nicéphore Phocas. Excellent petit livre donc que ces Terrorismes divisé en quatre chapitres : tuer pour l'idée, modes d'action, et discours, le dernier ( une fin au terrorisme?) étant consacré à l'avenir du terrorisme. Dans une annexe figurent une série de témoignages et documents. où l'on s'intéressa notamment aux extraits du manuel de guérilla urbaine du brésilien Marighella et au livre de Abraham Guillen un anarchiste espagnol devenu théoricien de la guérilla urbaine, sur les Tuparamos uruguayens. Ils sont autant d'incitations à aller plus loin dans l'étude des textes fondateurs de cette plaie de l'humanité.
François-Bernard Huyghe. Terrorismes et propagande. Découvertes Gallimard.