www.a-lire.info
Le magazine des livres

Des entretiens avec les pirates des mers

Le détroit de Malacca est l’un des endroits les plus redoutés des marines du monde entier.

Il s’étire sur 937 km entre la Malaisie et Sumatra et à son extrémité sud, juste devant Singapour, il fait moins de 3 km de large. 30 % du commerce mondial y passe chaque année. Dieu a-t-il pensé aux pirates en le traçant ? En tout cas les flibustiers modernes n’ont pas manqué d’en faire leur paradis. C’est à leur rencontre qu’Eric Frécon nous convie dans « Chez les pirates d’Indonésie », aux éditions Fayard. Docteur en Sciences politiques Eric Frécon allie les qualités du savant à celles de l’aventurier. Son livre est une somme. Il aborde tous les aspects du problème de la piraterie -sociologiques, économiques, politiques etc.,- mais c’est aussi –et pour le plus grand plaisir du lecteur- un récit de voyage, doublé d’une enquête minutieuse, ponctuée d’entretiens avec les redoutables bandits des mers.

Des pirates "free-lance".

On y apprend ainsi qu’une opération de piraterie se monte quelques heures, quelques jours tout au plus. Un « informateur », généralement un homme d’affaires peu scrupuleux, apprend qu’un précieux chargement va transiter prochainement par le détroit de Malacca. Aussitôt il passe le mot au « chef de l’opération ». Celui-ci à son tour contacte ses « agents recruteurs » qui vont constituer « l’équipe ». Tout se passe par téléphone ou par l’intermédiaire de tenanciers louches d’échoppes peu fréquentables. A leur tour ils prennent contact avec des « pirates free-lance » toujours à l’affut d’une juteuse cargaison. Rapidement l’équipe se constitue et les pirates se réunissent, le plus souvent dans un hôtel de passe. C’est là qu’ils recevront du « chef de l’opération » de grosses enveloppes, bourrées d’argent. Un fonds qui leur permettra de louer les services d’un capitaine et d’acquérir le matériel nécessaire : embarcation rapide, carburant, passe-montagnes, cordes et surtout des armes de bon calibre que l’on trouve ici à 300 dollars pièce. L’opération peut alors commencer.

Piraterie maritime : un taux de réussite en baisse.

Le total mondial des attaques de piraterie, tentées ou réussies, est passé de 2004 à 2009 de 329 à 406. Mais heureusement, le taux de réussite à diminué de 2007 à 2009 de 63 à 24 % grâce à une réaction efficace des autorités locales, souvent soutenues par les navires de l’Otan, en particulier au large des côtés somalienne où l’opération Atalante se poursuit depuis 2008.
La réaction des autorités indonésiennes a également donné des résultats puisque en Indonésie le nombre d’actes de piraterie est passé de 140 à 26 de 2007 à 2009.
Mais les pirates n’ont pas disparu et en Indonésie leur élimination est d’autant plus difficile que la piraterie y est un phénomène historique, rappelle Eric Frécon. Remontant au 15è siècle elle est devenue « naturelle ». Une « culture pirate » empreigne la mémoire collective et fascine la jeunesse.
En plus si les autorités réagissent périodiquement au plus haut niveau, localement la corruption des fonctionnaires, qui empochent de solides bakchich en fermant les yeux, est pratiquement devenue une seconde nature.
Mais qui sont-ils ces pirates des temps modernes ? En général, les laisser pour comptes de la croissance économique, les premiers à faire les frais des crises cycliques de l’économie mondialisée.
« Ni terroriste, ni guérillero, ni mafieux remettant en cause le commerce régional, ni héros local aux pouvoirs surnaturels, le pirate-contrebandier des côtes d’Insulinde s’est révélé tel un écumeur comme l’entendait François Villon en 1460 », explique Eric Frécon.
André Birukoff
Eric Frécon. « Chez les pirates d’Indonésie ». Fayard.

+Les organisations terroristes sont de plus en plus impliquées dans des activités de type mafieux

Copyright A-lire.info

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous êtes sur la version mobile de A-lire.info

La pitaterie maritime autour du détroit de Malaca.Une enquête sur les bandits des mers