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Faut-il avoir peur de Vladimir Poutine ?

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Faut-il avoir peur de Vladimir Poutine ? Après avoir ramené la Crimée dans le giron russe pense-t-il pouvoir en faire autant de la partie pro-russe de l'Ukraine ? En refermant le livre de Michel Eltchaninoff, auteur d'une originale plongée dans la tête du leader russe, au pouvoir depuis près de 15 ans, on est pas loin de le croire.

En annexant la Crimée, après avoir réussi à séparer l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie de la Géorgie, Poutine, selon Eltchaninoff, s'est affirmé comme un nouveau tsar reprenant en quelque sorte le flambeau de ceux qui, avant lui, s'étaient attelé à  « rassembler les terres russes ». Il pourrait poursuivre dans la même voie avec l'Est de l'Ukraine.

Des idées puisées auprès de philosophes russes d'avant la révolution de 1917

Poutine, explique Eltchaninoff, a remplacé l'idéologie marxiste qui servait de fondement à l'URSS, par des idées, puisées auprès de philosophes russes d'avant la révolution de 1917, des penseurs peu connus et oubliés pour la plupart dont le point commun était de croire que la Russie, un pays hors du commun par sa taille, avait aussi un destin à part et devait suivre sa propre voie.

En suivant cette voie, à nulle autre pareille, la Russie s'attire forcément des ennemis, estiment ces penseurs, en particulier un certain Ivan Ilyine, qui, selon Eltchaninoff, occuperait dans la tête de Poutine un place prépondérante. Poutine a effectivement repris a son compte l'idée d'une Russie mal aimée et décriée pour son originalité. « On essaie toujours de nous repousser dans un coin parce que nous avons une position indépendante », a-t-il déclaré dans un récent discours.

Rendre son prestige à la Russie

Lors de son arrivée au pouvoir en 2000 il avait annoncé que son principal objectif était de « rendre au pays son prestige et son rôle majeur dans le monde ». Sans doute y est-il parvenu mais au prix d'une tension de plus en plus forte avec les Occidentaux au point ou certains commentateurs n'hésitent plus à parler d'une nouvelle période de « guerre froide ».

A la tête du mouvement conservateur en Europe?

Les tensions risquent d'autant plus de durer que, selon Eltchaninoff, Poutine est désormais persuadé d'avoir « un projet pour l'Europe et pour le monde »  et veut « prendre la tête du mouvement conservateur en Europe – conservateur au sens poutinien c'est-à-dire opposé à l'homosexualité, à l'athéisme, au cosmopolitisme, à Internet et toute expression de créativité, assimilée à un désordre ». De ce point de vue l'attrait qu'exerce Poutine sur les partis européens d'extrême droite ou populistes est révélateur. Le dirigeant russe, explique Eltchaninoff, compte sur leur arrivée au pouvoir « pour devenir le leader de l'Europe et met tout les moyens nécessaires, y compris financiers pour y parvenir ».

Le rôle de la diaspora russe

Pour faire passer sa propagande, Poutine compte aussi sur l'aide de la diaspora russe, c'est-à dire, comme il l'a lui même décrit « des dizaines de millions de personnes qui, hors des frontières de la Fédération russe, parlent, pensent et peut-être – c'est encore plus important – sentent en russe. » Poutine veut reconquérir cette diaspora d'où la création à New York et Paris d' « Instituts de la démocratie et de la coopération » et d'un groupe de médias « La Russie aujourd'hui » dont l'objectif est de promouvoir les valeurs de la nouvelle Russie. Ainsi, selon Eltchaninoff, « l’État russe crée ou noyaute des associations linguistiques, économiques, culturelles ou religieuses afin de transformer les émigrés russes en agents d'influence totalement dociles ».

En accompagnant Michel Eltchaninoff dans son enquête sur les tréfonds du cerveau de Vladimir Poutine, le lecteur risque d'en revenir avec de sérieux cauchemars en espérant toutefois qu'ils ne deviennent jamais réalité.

Michel Eltchaninoff. Dans la tête de Vladimir Poutine. Actes Sud

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