Eichmann en arrivant à Buenos-Aires en 1950 avait l’équivalent de 480 euros en poche. Et trois ans plus tard, le fugitif qui avait trouvé du travail comme ingénieur topographe dans le nord de l’Argentine grâce à un réseau de sympathisants nazis, vivait seul, sans électricité, ni eau courante,loin de toute épicerie et du premier bureau de poste.

La traque d’Eichmann de Neal Bascomb paru aux Editions Perrin a corrigé l’image d'Epinal accrochée depuis des lustres aux nazis réfugiés en Amérique Latine.

On est très loin du Dossier Odessa, transposition cinématographique du roman à suspense de l’écrivain britannique Frédéric Forsyth, qui avait bati une fiction autour de la fuite des dignitaires nazis aidé par Odessa, une organisation d'anciens SS. La réalité est bien différente.

Ni châteaux ni gardes armés pour protéger Eichmann et ses comparses. Bascomb, qui fournit dans son ouvrage, une honnête recopilation des sources les plus fiables, rappelle ainsi qu’Eichmann qui avait regagné Buenos Aires après avoir perdu son emploi dans le nord de l’Argentine vivait dans un quartier délabré de la capitale argentine et accumulait les échecs professionnels. En 1953, l’organisateur de la «solution finale» ouvre une blanchisserie qui doit fermer en raison de la concurrence chinoise, puis il investit ses économies dans une boutique de textiles qui fait rapidement faillite. C’est ensuite une série de petits boulots, transporteur d’équipements sanitaires, puis gérant d’un élevage de poulets et de lapins angoras, avant qu’il réussisse à se faire embaucher au début des années 60 comme soudeur dans la succursale argentine de Mercedes Benz, appartenant - troublante coïncidence - au financier de Peron Jorge Antonio, censé note Bascomb «avoir pris part aux transferts des fonds nazis vers l’Argentine après la guerre».Pourtant, dit l’auteur, Eichmann n’était pas persona grata dans la communauté allemande de Buenos Aires. Son obsession de la guerre ( il se mettait dans des colères noires en évoquant les traîtres du troisième Reich) en avait presque fait un paria.

Mengele, le médecin du camp de concentration d’Auschwitz, qui avait pratiqué sur les détenus d’horribles expériences réussit quant à lui à gagner l'Argentine en 1949, avec un passeport de la croix rouge. Il vécut grace à grâce à l’argent familial dans un certain confort.

Le médecin SS recevait régulièrement des virements d’Allemagne, assure l’argentin Jorge Camarosa dans le Mystère Mengele ( Robert Laffont) qui revient notamment sur une rumeur, jamais vérifiée, et même démentie par des scientifiques brésiliens, selon laquelle l’ange de la mort, passionné de génétique, avait séjourné à Candido Godoi dans le sud du Brésil où il aurait continué ses expériences en favorisant les naissances de jumeaux chez les femmes allemandes de la région.

Sur Mengele, l’un des ouvrages les plus intéréssants, demeure l’excellent livre de Gerald Posner, Les enfants d’Hitler, paru en 1991 chez Albin Michel, et qui a l’avantage de faire parler des sources de première main, à savoir les enfants d’un certain nombre de hiérarques ou de criminels nazis, dont Rolf Mengele.

«Il était tellement malheureux de vivre en Amérique Latine, raconte Rolf à propos de son pêre. Il n’aimait pas vivre à Sao Paulo. Pour lui ce n’était pas une vie de civilisé que de côtoyer toutes les cultures différentes de ce melting pot». L’ex médecin d’Auschwitz continue en exil à défendre ses théories racistes et les questions de son fils l’irritent. «J’ai compris que cet homme, mon pêre, dit Rolf, était tout simplement borné»