Archives de catégorie : Opinions

Le voile des musulmanes et la France d’aujourd’hui

Le voile des musulmanes et la France d’aujourd’hui
par *Bernard Richard

Mon propos est de comprendre, voire d’expliquer l’attitude de nombre de Français(es) face au voile dit islamique. N’ayant aucune compétence dans le domaine des règles ou pratiques de l’Islam, je n’ai pas l’intention ni la prétention de présenter l’origine de cette pièce d’étoffe, ni les règles qui auraient existé, pas plus que les raisons de son rebond récent dans la société française comme ailleurs dans le monde (1).
Travaillant sur les emblèmes de la République et leur construction dans l’histoire, j’ai constaté une gêne fréquente, un réflexe de rejet en France chez des citoyens « ordinaires » à la vue d’une femme voilée (voile léger, complet, bandeau cachant volontairement les cheveux, toques diverses). Pour ces Français, une telle femme affiche ainsi, et en espace public, des convictions religieuses, acte vite considéré comme celui de brandir un étendard. Souvenons-nous que le latin velum- voile – a donné le mot latin vexillum, drapeau, celui qu’employaient déjà les légions romaines… Le voile serait un étendard, au moins au sens figuré, vérité qu’on pourrait donc qualifier d’étymologique. En mars 2017, un restaurateur dans une commune de la banlieue parisienne a été condamné à une amende par un tribunal français pour avoir refusé de servir, en août 2016, deux femmes voilées (accompagnées d’une tierce personne ayant filmé la scène). Le jugement indiquait que ce restaurateur avait été « reconnu coupable de discrimination dans la fourniture d’un service en raison de l’appartenance à une religion (nous soulignons) dans un lieu accueillant du public ». Le voile était bien défini par un tribunal français comme une tenue marquant « l’appartenance à une religion », en l’occurrence à la religion musulmane. De la même façon, toujours en 2017, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a décidé, sous certaines conditions (inscription préalable au règlement de l’entreprise, justification par « une exigence professionnelle essentielle et déterminante », etc.) que «l’affichage d’une image de neutralité à l’égard des clients [est] une justification suffisante pour interdire le port visible de tout signe religieux aux salariés d’une entreprise privée » (arrêt C-188/15, mars 2017). On sait que cette interdiction concerne déjà en France le service public et les entreprises publiques, au nom d’une règle de neutralité et du principe constitutionnel de laïcité. On doit certes distinguer le voile des musulmanes, bien identifiable, des signes plus discrets que sont le port d’une croix catholique ou huguenote, d’une main de Fatima, d’une étoile de David, etc. Le voile affiche la religion « ad extra » à la vue et à l’attention d’autrui ; c’est un signe religieux immédiatement perceptible et visible qui différencie en France, en Europe, les musulmanes des autres femmes. Au contraire les signes légers énumérés plus haut sont « ad intra », à usage interne, privé ; n’attirant pas le regard, ils ne dérangent personne. La kippa des Juifs pratiquants, portée plutôt dans les synagogues ou pour le seul Sabbat, se trouve en position intermédiaire. Continuer la lecture

Baverez: danser sur un volcan

Le diagnostic est sans appel et Nicolas Baverez a même trouvé un nouveau concept pour expliquer la dislocation de notre système de valeurs: la disruption, un terme, explique t-il, emprunté à la géologie des plaques.

Baverez décrit un monde qui explose de toutes parts sans que personne ne puisse prévoir et maitriser les évènements. Face à de telles secousses, une seule chose semble certaine, ce n’est pas avec les remèdes d’hier que l’on pourra affronter les défis du 21e siècle.

Baverez a l’esprit de synthèse: » Angélique (…) l’Europe veut croire qu’elle a dépassé l’histoire, en cultivant l’utopie de la paix perpétuelle par le désarmement; elle rêve de la fin de la production et du travail grâce à la manne illimitée des Etats-providence et, pour finir, de l’arrêt du progrès avec l’avènement du principe de précaution ».

Un livre à lire pour y voir plus clair. Mais à nous finalement de trouver les solutions. Baverez reconnait lui même en conclusion que les « conséquences de ces immenses bouleversements restent ouvertes ».

Nicolas Baverez. Danser sur un volcan. Albin Michel

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Un apport décisif de Jean-Pierre Grossein à la connaissance de Max Weber

Une photo de Jean-Pierre Grossein chez son éditeur Gallimard
Un éclairage décisif sur la langue théorique de Max Weber par Jean-Pierre Grossein l’un des meilleurs spécialistes de l’auteur

A l’heure où la sociologie n’a pas très bonne presse parmi certaines élites politiques et intellectuelles et alors que ceux-là mêmes qui la pratiquent s’interrogent sur leur discipline, le retour sur des auteurs qui en ont construit les fondements peut être riche d’enseignements. C’est le cas avec Max Weber, dont paraît, sous le titre Max Weber, Concepts fondamentaux de sociologie, un ensemble de textes choisis, traduits et introduits par Jean-Pierre Grossein, traducteur et spécialiste reconnu de Max Weber.

Dans les textes qui sont proposés dans ce volume et introduits par une longue présentation de J.P. Grossein (sous le titre : « Leçon de méthode wébérienne »), Max Weber a l’ambition de « formuler en des termes que nous espérons plus appropriés et un peu plus corrects ce que toute sociologie empirique veut dire effectivement quand elle parle des mêmes choses ». Comparée aux traductions déjà existantes, la traduction de J.P.Grossein se distingue par une très grande rigueur, ce qui permet à un lecteur non germanophone de retrouver la cohérence de la langue théorique de Weber, même si celle-ci n’est pas restée figée du début à la fin – prématurée – du parcours wébérien ( Weber est né en 1865 et mort en 1920). Continuer la lecture