Homer et Langley, de E.L. Doctorow

par Alice Blanc

Homer et Langley, de E.L. Doctorow est un roman singulier relatant l’histoire des frères Collyer, Langley, le héros de guerre, et Homer l’aveugle prodige du piano issus d’une famille bourgeoise dans le New York du XXème siècle.

C’est Homer qui nous compte ses aventures tout en dirigeant certains passages à une certaine Jacqueline Roux dont le lecteur ne connaît pas l’identité jusqu’aux derniers chapitres. Nous savons seulement que c’est une journaliste/écrivaine Française qui aura une place importante dans la vie de l’énonciateur.

Le fait qu’Homer soit aveugle est un clin d’œil à l’auteur de l’Odysée car l’ouvrage se compose comme un véritable voyage initiatique remplit de péripéties et de rencontres en tous genres.
La famille Collyer semble tout ce qu’il y a de plus classique avec une vie aisée dans une ville en pleine ébullition, New York.

Cependant, cette tranquillité apparente va être rapidement chamboulée avec la perte de vision progressive d’Homer qui sera contraint de développer d’autres capacités comme le piano pour envisager un avenir décent. Au décès de ses parents et avec son frère parti à la guerre, il se retrouve isolé et se met à l’écriture, en braille, pour vider ses états d’âme. Au retour de la guerre de Langley, les deux frères deviennent plus proches que jamais et Langley décide d’organiser des thés dansants clandestins car le niveau de vie de la famille s’est considérablement appauvri. C’est à ce moment là que le rythme du récit s’accélère de façon fulgurante avec la rencontre de Vincent, gangster d’origine italienne que les deux hommes seront amenés à cacher chez eux lors d’une fusillade.

Plus le roman avance plus on se rend compte que la maison des Collyers devient le lieu d’un huis clos intense et le centre de l’histoire. Homer plongé dans le noir et perdant peu à peu l’ouïe est enfermé dans cette demeure où son frère et lui vont vivre des aventures intenses. Outre les histoires d’amours réelles comme avec la jeune Lissy, une hippie tout juste majeure qu’ils hébergeront avec sa bande d’amis, ou imaginaires avec Mary Elizabeth sa jeune élève pianiste devenue bonne sœur, les histoires tragiques fourmillent dans cette maison.
Plus qu’un habitat, la demeure des Collyers devient une prison pour les frères vivant comme des reclus et dont la réputation se dégrade de jour en jour un peu plus si bien qu’une horde de journalistes scrutent leur moindre faits et gestes, que les rumeurs les plus folles sont racontées et que les enfants lancent des cailloux aux volets afin d’espérer apercevoir les « monstres » cachés dans cette maison.

Homer et Langley est un roman parfaitement équilibré où l’on passe de la légèreté tel le moment où Langley, constatant l’éternel recommencement de l’Histoire, décide d’écrire un journal « universel et atemporel » – car après tout, il se passe tout le temps la même chose dans la vie- à l’intensité de la spirale du huis clos dans laquelle il entraine le lecteur.

Homer et Langley, de E.L. Doctorow – Actes Sud

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