La souveraineté du people de Guillaume Erner

On a coutume de dire que la pipolisation de notre société est un phénomène récent, dû principalement  au développement du net et des réseaux sociaux. Pourtant,elle ne date pas d’aujourd’hui. Guillaume Erner, auto-proclamé avec humour « sociologue défroqué », dans son dernier livre  La souveraineté du people, publié par Gallimard, rappelle que Rousseau avait déjà remarqué en son temps que « l’homme sociable, toujours hors de lui, ne sait vivre que dans l’opinion des autres ». C’est  pour ainsi dire, avait-il continué,  » de leur seul jugement qu’il tire le sentiment de sa propre existence ». Tous ceux qui ne vivent, de nos jours, que par les clicks de leur page Facebook devraient méditer ces propos.

Peu importe de nos jours que l’on soit sans talent, la célébrité est devenue une valeur en soi. Erner, citant le sociologue Albert Hirschmann, fait remonter cet engouement au passage de l’idéal aristocratique ( ou héroïque) de l’époque féodale à la mentalité bourgeoise des Temps Modernes, la passion de la célébrité assurant la promotion du commerce, de la sociabilité et finalement de la concorde sociale. Un cadre tout trouvé pour que les marques s’engouffrent dans un marketing de nouveau type: lier un produit à une célébrité.

« Une liste exhaustive des produits promus par des célébrités permettrait de dessiner une sorte d’idéal du mode de consommation bourgeois, écrit Erner, car les people ne sont pas des consommateurs comme les autres: ce sont des consommateurs experts. Ils ne remplissent pas leur caddie au hasard: ce sont des stratèges de la consommation ».

La souveraineté du people est un livre passionnant car Erner dissèque le phénomène avec l’oeil du sociologue,montrant par exemple comment les marques appliquent presque à la lettre le concept de « prophétie autoréalisatrice » de Robert Menton.Si un people lance une mode vestimentaire, son accoutrement devient effectivement une tendance. Consommer pour imiter.

Ce besoin de célébrité qui trouve son exutoire dans les réseaux sociaux serait-il finalement un bien pour la démocratie puisque la « célébrité » semble à portée de clicks pour chacun d’entre nous? Puisque chacun peut devenir célèbre, n’est ce pas la meilleure protection contre le despotisme? Erner parle d’une « société horizontale » où le sentiment du semblable aurait pris le dessus sur tous les autres. Mais cette forme de société, comme le démontre précisément Erner tout au long de son ouvrage,ne facilite t-elle pas, précisément, l’arrivée au « pouvoir » des charlatans et imposteurs de tout genre?

Guillaume Erner. La souveraineté du people. Gallimard.

2 réflexions au sujet de « La souveraineté du people de Guillaume Erner »

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