La décadence de l’Europe

La décadence de l’Europe

« L’Europe, écrit Paul Valéry, avait en soi de quoi se soumettre, et régir et ordonner à des fins européennes le reste du monde. Elle avait des moyens invincibles et les hommes qui les avaient créés. Fort au-dessous de ceux-ci étaient ceux qui disposaient d’elle. Ils étaient nourris du passé : ils n’ont su faire que du passé ».Publiés pour la première fois en 1927 sous le titre Notes sur la grandeur et la décadence de l’Europe, ces propos ont bien sûr de nos jours une résonance bien particulière. Avec des raccourcis saisissants et une vision pénétrante de l’histoire et de ses contemporains, Valery propose son explication de la décadence européenne, à une époque où seuls quelques esprits clairvoyants commençaient à en percevoir les contours.

« Les misérables européens ont mieux aimé jouer aux Armagnacs et aux Bourguignons que de prendre sur toute la terre le grand rôle que les Romains surent prendre et tenir pendant ses siècles dans le monde de leur temps. Leur nombre et leurs moyens n’étaient rien auprès des nôtres; mais ils trouvaient dans les entrailles de leurs poulets plus d’idées justes et conséquentes que toutes nos sciences politiques n’en contiennent ».

Valéry est sans compassion pour la politique. Alors que l’esprit européen brille dans de nombreux domaines, combinant la « passion de comprendre » à la « volonté de rigueur », il semble réserver à sa politique ses « productions les plus négligées, les plus négligeables et les plus viles:des instincts, des idoles, des souvenirs, des regrets,des sons sans signification et des significations vertigineuses…tout ce dont la science, ni les arts, ne voulaient pas, et même qu’ils ne pouvaient plus souffrir ».

Le pire est que cette décadence semble bien être une fatalité. Au début de ces Notes sur la grandeur et décadence de l’Europe », Valéry rappelle que dans les temps modernes, « pas un empire en Europe n’a pu demeurer au plus haut, commander au large autour de soi, ni même garder ses conquêtes pendant plus de cinquante ans. Les plus grands hommes y ont échoué ».

Paul Valéry. Regards sur le monde actuel. Gallimard. Folio.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *