La mort deviendra t-elle le plus grand bonheur de la vie?

La mort va t-elle devenir la plus grande joie de l’existence?

Un nouveau sujet de déprime pour certains d’entre nous: l’espérance de vie pourrait atteindre 200 ans à la fin du 21é siécle, et l’éternité – ou presque – est peut-être pour demain. Si l’on en croit Laurent Alexandre, dans La mort de la mort (Éditions JC Lattès),l’homme immortel est bien dans le domaine des possibilités. L’auteur n’avance pas de date, mais écrit néanmoins que l’espérance de vie pourrait croître dès les années 2020 ou 2030 de façon exponentielle pour atteindre les 200 ans à la fin du 21e siècle. Et encore, reconnaît-il, il s’agit peut-être là d’une hypothèse « conservatrice ».

Le développement exponentiel des NIBC

Tout ceci en raison du fantastique développement des NIBC (Nanotechnologies, Biologie, Informatique et Sciences cognitives) dont la synergie décuplera la rapidité de développement. En résumé, (le livre fait 400 pages)on guérira les individus avant qu’ils ne tombent malades grâce à une médecine personnalisée qui prendra en compte les particularités de chaque individu notamment les variations dans la séquence d’ADN. « La mort subie, celle qui arrive sans que l’on sache ni le jour ni l’heure et qui est généralement précédée du dysfonctionnement d’un grand nombre de fonctions du corps (…) ne sera plus que le lot des plus défavorisés des humains. Pour les privilégiés, il s’agira d’une mort choisie ( ou plus sûrement d’une absence de mort ) que nulle maladie invalidante ne précédera. L’existence pour les plus riches sera binaire: soit la parfaite santé, soit la mort sans douleur et immédiate si l’on est un jour lassé de l’existence ».

Le bonheur de la mort ?

Sénèque qui, dans ce domaine, en connaissait un rayon, considérait que la possibilité de mourir en se suicidant représentait une joie dans l’existence, si celle-ci devenait insupportable. Et Epicure n’était pas en reste: dans sa fameuse Lettre à Ménécée, il estimait que la mort n’est absolument rien pour l’homme puisque le bien et le mal sont indissociables de nos sensations, et que celles ci disparaissent avec nous. La mort, le plus effroyable des maux, écrit-il n’est rien pour nous puisque » quand nous existons, la mort n’est pas présente, et quand la mort est présente, nous ne sommes plus ».

Comment réagira l’état nounou ?

Que se passerait-il par exemple si l’état nounou qui rogne de plus en plus nos libertés décidait d’imposer des quotas sur les suicides programmés? Faudrait-il attendre alors en piaffant d’impatience le moment tant espéré de quitter l’existence…en maudissant ce monde moderne qui aura tué cette bonne vieille mort salvatrice? Cette perspective ressort peut-être de la science fiction, mais Laurent Alexandre anticipe dans son livre toute une série de problèmes, bien réels cette fois, qui ne manqueront pas de surgir dès le 21e siècle, comme cette pulvérisation inévitable de l’état providence, bien décrite par l’auteur, qui parle d’un véritable « tsunami nanobiotechnologique » : alors qu’actuellement les systèmes de santé financent essentiellement les grands malades âgés – 70% des dépenses de santé sont affectées à 8% de personnes atteintes de pathologies lourdes – ils devront simultanément financer la demande de santé préventive de toute la population. Sans compter (pour ne citer qu’un exemple, le livre d’Alexandre en regorge) les guerres futures entre « humains biologiques » et posthumains établis dans des continents séparés par l’inégalité de déploiement des technologies NIBC.

Il n’y a pas de problème dont une absence de solution ne finisse pas à venir à bout

Face à ces lointaines perspectives, la maxime française semble malheureusement – comme dans d’autres domaines- toujours être celle du petit père Queuille, président du conseil sous la VI République, dont Alexandre, cite cette mémorable réflexion.  » Il n’y a pas de problème dont une absence de solution ne finisse pas à venir à bout ». Ce grand politique sera, dixit Wikipedia, le parrain en politique de …François Mitterrand et de Jacques Chirac.

Pour aller plus loin: Dr Laurent Alexandre. La mort de la mort. JC Lattès

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