Madame de Staël dans la bibliothèque de la Pléiade de Gallimard

Oeuvres de Madame de Staël à la Pléiade de Gallimard

Mondaine, voyageuse, et initiatrice du romantisme, Madame de Staël, avait 23 ans en 1789. Fille des Lumières et de la Révolution, la fille de Necker, élevée à l’école des philosophes, avait bien accueilli la révolution, mais fut contrainte à l’exil par les révolutionnaires puis par l’empereur Napoléon. La bibliothèque de la Pléiade lui consacre en 2017 un volume avec ses deux romans: Delphine ( 1802) et Corinne (1807), ainsi que l’une de ses œuvres majeures De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800).

Cette grande dame avait tout pour irriter les puissants: Catriona Seth qui a établi cette édition de la Pléiade avec Valérie Cossy raconte dans son introduction comment la femme la plus célèbre d’Europe était traquée par les espions de la police impériale après avoir été bannie en 1795 par le Comité de salut public. Que se serait-il passé à l’époque de la Terreur si Madame de Staël épouse d’un ambassadeur suédois n’avait pas bénéficié d’un traitement de faveur… elle avait salué la Révolution avec  beaucoup d’espoir, mais la radicalité, les massacres perpétrés par les jacobins lui feront horreur. D’exil en exil, Madame de Staël, femme du monde,  et romancière a succès  deviendra une tête politique que ni les révolutionnaires ni l’empereur Napoléon n’arriveront à mater.

 » Si les mouvements révolutionnaires se prolongent au-delà du but qu’ils devaient conquérir, le pouvoir descend toujours plus bas parmi les classes ignorantes de la société. Plus les hommes sont médiocres, plus ils mettent de soin à s’assortir; ils repoussent loin d’eux la raison éclairée, comme quelque chose d’hétérogène avec leur nature, et qui doit être éminemment nuisible à leur empire » note Madame de Staël dans De la littérature, qui traite certes de l’influence des climats sur les civilisations mais aborde en deuxième partie « l’état actuel des lumières en France » et « leurs progrès futurs »: un exercice périlleux pour quelqu’un comme Madame de Stael obligée ainsi de faire la synthèse entre son amour de la République et les massacres… « A chaque page de ce livre, écrit-elle dans le dernier chapitre, je redoutais sans cesse qu’une injuste et perfide interprétation ne me représentât comme indifférentes aux crimes que je déteste, aux malheurs que j’ai secourus de toute la puissance que peut avoir encore l’esprit sans adresse, et l’âme sans déguisement ».

Delphine est un roman épistolaire à la manière de la Nouvelle Heloïse ou des Liaisons dangereuses et déclencha pour son anti-conformisme la fureur de Napoléon, alors Premier Consul. Son héroïne est une jeune veuve dont l’amour est interdit par les préjugés de la société et qui finira par se suicider. Corinne qui eut un immense succès est également l’histoire d’un amour malheureux et soulèvera des torrents d’indignation dans les milieux bien pensants en dépeignant une femme au comportement exceptionnel, féministe avent la lettre.

Madame de Staël. Oeuvres. Edition établie par Catriona Seth avec la collaboration de Valérie Cossy. Bibliothèque de la Pléiade. Gallimard. En librairie le 20 avril 2017.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *