Une histoire de Mein Kampf par Antoine Vitkine

Cette histoire de Mein Kampf d’Antoine Vitkine, rééditée chez Flammarion, est doublement intéressante: d’une part parce que la bible du nazisme est tombée cette année dans le domaine public – elle sera publiée en 2018 par Fayard accompagnée d’un important appareil critique- mais aussi parce qu’elle montre à quel point les pays européens ont pratiqué la politique de l’autruche

Une histoire de Mein KampfPourtant tout était dit, il suffisait de lire Mein Kampf pour connaitre les intentions du Führer. Le livre était d’ailleurs si explicite que Hitler s’opposa par tous les moyens à la publication de sa traduction en France, et en fit même saisir les exemplaires, après avoir porté plainte auprès du Tribunal de commerce de Paris, qui lui donna raison comme à un justifiable ordinaire, pour violation du droit d’auteur. Le tribunal donna raison à la maison d’édition allemande en déclarant que « la nécessité de mettre à la disposition des Français une traduction qui ne soit pas expurgée comme celles qui ont été officiellement offertes aux Anglais et aux Italiens ne peut juridiquement justifier l’acte des défendeurs. Dans un pays civilisé, la nécessité ne crée pas le droit »

Belle déclaration !! sauf que le « pays civilisé » en question ( la France) sera prochainement écrasé par la Wehrmacht. C’est cette histoire du livre que nous raconte Vitkine en rapellant que Mein Kampf diffusé à 12 millions d’exemplaires en Allemagne, et à des centaines de milliers dans une vingtaine de pays avant 1945, se vend encore dans le monde entier.

Les décideurs  des pays européeens n’avaient pas lu ou n’avaient pas voulu tenir compte de ce qu’ils avaient lu dans Mein Kampf, mais les Allemands eux mêmes l’avaient-ils vraiment lu? L’une des parties les plus  intéressantes du livre de Vitkine est précisément celle qui est consacrée à ce débat. La position des historiens a varié: même si Mein Kampf était généreusement distribué en Allemagne – à tous les jeunes mariés par exemple- un consensus commode s’était formé après guerre pour considérer que les Allemands n’avaient pas lu l’oeuvre du Führer ou l’avaient très peu lue. Puis est venue dans les années 1970 à 1980 une approche « fonctionnaliste » du nazisme allant jusqu’à prétendre que la radicalisation de la Shoah était due en fait à la guerre totale contre le communisme. « C’est parce qu’ils avaient conquis de larges territoires à l’Est et ne savaient pas quoi faire de ces millions de juifs qui y vivaient que les SS auraient eu l’idée des camps d’extermination », expliquent les fonctionnalistes. La tendance des recherches historiques, note Vitkine, est de nos jours de revenir à remettre en valeur le rôle d’Hitler et donc Mein Kampf sa bible sanglante.

Vitkine est également réalisateur pour la télévision. On regardera avec intérêt celui qu’il a consacré en 2008 pour Arte à Mein Kampf, où l’on retrouvera beaucoup d’éléments de cet excellent livre.

Antoine Vitkine. Mein Kampf. Histoire d’un livre.Flammarion 

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