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Solaire de McEwan, un roman à mourrir de rire

La comédie humaine

Solaire de Ian McEwan, publié chez Gallimard, est un petit chef d'oeuvre de dérision.Le héros de ce roman à mourrir de rire est Michael Beard un prix Nobel de Physique, à cours d'idées nouvelles, qui voudrait bien arriver à la paix intérieure, mais se retrouve toujours empêtré dans des situations abracadabrantes qu'il contribue à créer. «Naguère, il pouvait améliorer l'image que lui renvoyait le miroir en rejetant les épaules en arrière, en se tenant bien droit, en contractant ses abdominaux». Mais avec sa "ridicule touffe de poils sur le lobe de l'oreille», «cette couche de graisse imbécile sur son ventre et son postérieur», il a l'air maintenant «ridicule, débile, mollasson». Pourtant il ne pense qu'à ça. Cinq épouses déjà, et une soif insatiable de nouvelles conquêtes, même si celles-ci ont un triple menton et des bourrelets de graisse avec une»odeur de foin humide émanant des aisselles».

Les milieux scientifiques tournés en dérision

Mais Solaire, n'est pas -uniquement -le récit des gloutonneries sexuelles et alimentaires de Beard (il adore tout ce qui fait grossir). Avec sa superbe langue de vipère, servie par l'excellente traduction de France Camus-Pichon, Ian McEwan tourne en dérision tous les personnages ridicules qui gravitent dans les milieux scientifiques, les militants stimulés par les injustices et les calamités - «c'était leur sève,leur sang, leur jouissance», et les scientifiques eux-mêmes qui dilapident l'argent dans des projets farfelus.

Hilarant

L'un des moments les plus hilarants du livre - il y en a beaucoup - est cette expédition au Pôle Nord où Beard est invité ex qualité avec 20 artistes et chercheurs travaillant sur le réchauffement climatique. Pris d'une terrible envie d'uriner, alors qu'il chevauche un motoneige, le malheureux voit son sexe adhérer complètement à la fermeture éclair de sa combinaison sous l'effet du gel et ne doit son salut qu'à une flasque de cognac qu'il vide sur son membre engourdi !. « Jamais encore, il n'avait rencontré une telle concentration d'idéalistes et se sentait tour à tour intrigué, gêné, mal à l'aise». Pendant les soirées, consacrées à des discussions oiseuses, il se saoule. Notre ami Beard n'a en effet aucune pitié pour les commentaires délirants de certains climatologues. «L'apocalypse n'était jamais pour aujourd'hui, où l'on aurait pu démasquer l'imposture, mais toujours pour demain, et, quand elle n'arrivait pas, une nouvelle menace, une nouvelle date avaient tôt fait de la remplacer».

Aucune illusion sur la nature humaine

A cours d'idées nouvelles, Beard finira par s'approprier la découverte d'un autre scientifique, surpris chez lui en peignoir ( c'est l'amant de sa femme). Réussira t-il ? Notre prix Nobel n'a aucune illusion sur la nature humaine. «Il se considérait dans la moyenne, ni plus cruel, ni meilleur,ni pire que la plupart. S'il se montrait vorace,égoïste, calculateur, ou menteur quand il ne pouvait pas faire autrement, tout le monde agissait de même».jk


Ian McEwan. Solaire. Gallimard.

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Solaire, un roman de l'écrivain britanique McEwan est un chef d'oeuvre de dérision.