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Solo, un roman de Rana Dasgupta

Un vieil homme aveugle attend la mort dans un immeuble délabré de Sofia. "L'après-midi, la brise fait monter de légers relents de vieille urine du mur qui se trouve sous sa fenêtre". Ce vieil homme s'appelle Ulrich et Solo de Rana Dasgupta est l'histoire de son destin: une vie brisée par les tempêtes de l'histoire,le nazisme, le communisme, la misère et la corruption. Une fresque nostalgique de l'effondrement de l'Europe.

Solo de Rana Dasgupta : un roman criant de vérité

Rana Dasgupta, l'auteur de cette fiction, est un écrivain britannique d'origine indienne et son roman a de tels accents de vérité qu'on a véritablement l'impression de lire des mémoires. Ulrich repassera sa vie" au crible du souvenir". On assistera à l'arrivée de l'armée rouge à Sofia, aux pillages, aux arrestations. La mère du jeune homme sera arrêtée et transférée dans un camp, dont elle ne sortira, par miracle, que grâce à l'intervention de son fils devenu directeur d'une usine chimique et confronté à l'absurde économie communiste.

Ulrich voulait être musicien dans sa jeunesse. Son père s'y était opposé. Il deviendra ingénieur chimiste: les communistes le chasseront de l'usine. Devenu aveugle, le voila maintenant dans cet appartement insalubre où pénètre la pluie, nourri par une voisine qui lui achète de quoi manger. Et il rêve.. des rêves éveillés, dit-il, où sa pensée vagabonde dans une nouvelle réalité reconstituée puis transfigurée avec des souvenirs de sa vie réelle. C'est le monde d'aujourd'hui, avec des trafiquants de drogue à la tête de véritables armées se baignant dans des jacuzzis en or. Les banquets sont fastueux "anguilles a la poêle, crevettes à la canne à sucre, grenouilles sautées, salade d'encornets, homard enroulé dans du riz et des feuilles de bananiers".

Un roman qui oscille souvent entre le rêve et la réalité

Le rêve souvent l'emporte sur la réalité, comme lors de cette apparition magique sur le bord de la route d'un cheval blanc allongé en train d'observer les voitures."C'était une bête glorieuse,miraculeuse, avec une robe brillante comme de la cocaïne et une crinière qui tourbillonnait au vent". Mais la vision s'estompe, c'était juste un homme en "combinaison blanche allongé sur le dos" avec un genou replié qu'on avait confondu avec la tête de l'animal. Les rêveries éveillées ont peu à peu remplacé le monde réel.

Rana Dasgupta. Solo. Gallimard.

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