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Ne deviens jamais pauvre de Daniel Friedman

Étonnant héros récurrent que ce vieil inspecteur de police de 88 ans en passe de devenir l'un des personnages les plus sympathiques de la littérature policière.

On l'avait découvert dans Ne Deviens jamais vieux où Buck Shatz aidé par son petit-fils s'était lancé dans une chasse à l'homme pour retrouver un ancien gardien de camp de concentration qui s'était emparé de lingots d'or. Le revoici avec Ne deviens jamais pauvre dans une nouvelle fiction de Daniel Friedmann aussi burlesque que succulente.

Sa vieille connaissance Elie, un célèbre braqueur, a de sérieux ennuis et lui demande de faire jouer ses relations pour lui assurer une protection policière. Il lui promet, en échange, des révélations sur une série de crimes jamais élucidés. Et l'affaire va devenir bien plus compliquée que prévue...

"Les gens qui connaissent essentiellement le travail de police grâce aux séries télé et aux romans policiers sont toujours surpris de voir à quel point les enquêteurs s'appuient sur la chance bête et méchante, dit le vieux flic. On ne résout pas les crimes avec des déductions brillantes et des observations minutieuses. La plupart du temps, on ne gagne pas contre les méchants en étant plus malins qu'eux".

Daniel Friedman qui vit à New-York raconte avec beaucoup d'humour les nouvelles aventures du vieux Shatz, bien content de sortir de l'inactivité et de gagner de quoi améliorer ses vieux jours. " J'ai besoin que tu assures ma sécurité aussi longtemps que possible lui demande le truand et au cas où je serais tué que tu fasses pleuvoir la vengeance sur mes ennemis". Réponse de Shatz: " Je fais pas pleuvoir grand-chose sur grand monde en ce moment. Des fois, je fais tomber des gouttes de pisse sur mon pantalon,c'est ce qui s'en rapproche le plus".

Des réparties de ce type, il y a en a des dizaines dans Ne deviens jamais pauvre, mais aussi des réflexions mélancoliques sur la vie et la vieillesse. "Pas étonnant que tellement de gens arrêtent de se rappeler les choses à mesure qu'ils vieillissent, quand la mémoire ne sert qu'a raviver les vieilles douleurs. Pas étonnant que les gens arrêtent de se lever le matin. Qu'est ce qui les attend, à part des oeufs brouillés et des déceptions?".

Il faut dire que le vieux Shatz est au début du roman dans un état de décrépitude avancé, en train de faire de la rééducation dans une maison de retraite, appuyé sur un déambulatoire. Mais il n'a rien perdu de sa verve, et l'énergie va vite lui revenir... Dans la famille Shatz, on est des durs à cuire: la mère de Buck dissimulait toujours des lames de rasoir dans ses vètements et avait ainsi pu tuer un homme qui voulait la violer. "Elle avait attaqué ce salopard comme un chat sauvage, se souvient Buck,elle s'était jetée sur ses organes génitaux et elle avait creusé dedans".

Ce roman plein d'humour est ainsi un bel hymne à la vie. Et l'excellente traduction de Charles Recoursé met cette fiction en valeur, car on n'a, à aucun moment, l'impression de lire..une traduction.

Daniel Friedman. Ne deviens jamais pauvre. Sonatine