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Le mythe de Sisyphe d'Albert Camus

"Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu’au sommet d’une montagne d’où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu’il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir».

Albert Camus: le mythe de Sisyphe

Le mythe de Sisyphe, essai sur l’absurde est l’un des textes fondateurs de cette sensibilité de l’absurde qui traverse toute l’oeuvre de Camus, récompensée en 1957 par un prix Nobel qui reconnaissait en lui un écrivain qui avait mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes.

Mais tout comme l’homme du 21e siècle, Sisyphe n’est malheureux que lorsqu’il devient conscient de sa situation. «Si ce mythe est tragique, écrit Camus, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine si à chaque pas l’esprit de réussir le soutenait. L’ouvrier d’aujourd’hui travaille tous les jours de sa vie aux mêmes taches et ce destin n’est pas moins absurde. Mais il n’est tragique qu’aux rares moments où il devient conscient». Ce n’est pas ainsi le monde en soi qui est absurde, mais ce sentiment naît lorsque nous sommes confrontés à son irrationalité.

Albert Camus: que faire face à l'absurdité du monde?

Quelles sont les attitudes possibles face à cette situation? Camus ne se réfugie ni dans l’au-delà, thème que l’on retrouvera dans son roman L’étranger, ni dans le suicide. C’est au contraire dans une prise de conscience réaffirmée de l’opposition de l’homme au monde que nous retrouverons une forme de liberté et échapperons ainsi à l’absurdité en la maîtrisant. C’est la révolte telle que la conçoit Camus. Faire vivre l’absurde en toute conscience, être lucide sur son destin, permet de se libérer de ses carcans.

Albert Camus :l'étranger, son premier roman, sera la traduction romanesque du mythe de Sisyphe

Ce thème de l’absurdité se retrouvera, après le Mythe de Sisyphe dans le roman L’étranger, en 1942, puis au théâtre dans Caligula. L'étranger achevé en mai 1940 et publié en même temps que l’essai sur l’absurde a été considéré comme la traduction romanesque des idées de Camus sur l’absurde et l’opposition dramatique de l’homme au monde. Meursault, personnage principal de cette fiction est en effet le prototype de l’homme pris dans une situation absurde sans en avoir conscience. C’est un employé de bureau d’Alger dont la médiocre existence se résume à des gestes mécaniques et qui finira par devenir meurtrier sans aucune raison.

Lorsque l’aumônier viendra le voir en prison après sa condamnation à mort, Meursault s’écrira que oui, il a souhaité une autre vie « une vie, dit-il, où je pourrais me souvenir de celle-ci». Mais ses derniers moments lui sont trop précieux pour qu’il les consacre à ce prêtre. « Il voulait encore me parler de Dieu, mais je me suis avancé vers lui et j’ai tenté de lui expliquer une dernière fois qu’il me restait peu de temps. Je ne voulais pas le perdre avec Dieu»