L'étranger d'Albert Camus

Meursault, héros de l’Étranger, roman d’Albert Camus, ne joue pas le jeu. Il devrait pleurer à chaudes larmes au décès de sa mère, demander à voir son corps, parler aux quelques amis venus l’accompagner pour la veillée....mais il est totalement étranger aux rites d’une société qu’il observe avec le regard d’un botaniste.

«C’est sûr, dira t-il, que j’aurais préféré que maman ne mourut pas» mais la veillée funèbre ne lui arrachera aucune larme et il passera son temps à observer, avec curiosité, les inconnus qui l’entourent. Les amis de sa mère.

Albert Camus: l'étranger face à l'absurdité

«J’avais peine à croire à leur réalité» explique t-il. «Je n’avais jamais remarqué à quel point les vieilles femmes pouvaient avoir du ventre. Les hommes étaient presque tous très maigres et tenaient des cannes(...)Lorsqu’ils se sont assis, la plupart m’ont regardé et ont hoché la tête avec gêne, les lèvres toutes mangées par leur bouche sans dents, sans que je puisse savoir s’ils saluaient ou s’il s’agissait d’un tic». Lorsqu’il sera tout seul, au surlendemain de l’enterrement, dans l’appartement familial,après un dimanche passé à observer les gens passant dans la rue, Meursault conclura«J’ai pensé que c’était toujours un dimanche de tiré, que maman était maintenant enterrée, que j’allais reprendre mon travail et que somme toute, il n’y avait rien de changé».

Albert Camus: l'étranger condamné à mort

Traduit en justice et condamné à mort, pour le meurtre d’un arabe (le roman se passe en Algérie) on lui reprochera ce comportement. Il a fumé une cigarette près du cercueil de sa mère et le concierge est témoin à charge: « Il a dit que je n’avais pas voulu voir maman, que j’avais dormi et que j’avais pris du café au lait. J’ai senti alors quelque chose qui soulevait toute la salle et pour la première fois, j’ai compris que j’étais coupable».

Meursault ne veut pas mentir, refuse de masquer ses sentiments, et la société se sent menacée. Il devient ainsi un monstre qu’il faut condamner et faire disparaître par la peine capitale. L’avocat s’indignera en vain: «Est-il accusé d’avoir enterré sa mère ou d’avoir tué un homme?».

Le public a ri, raconte Meursault, mais le procureur s’est redressé encore, s’est drapé dans sa robe et a déclaré qu’il fallait avoir l’ingénuité de l’honorable défenseur pour ne pas sentir qu’il y avait entre ces deux ordres de faits une relation profonde, pathétique, essentielle. « Oui, s’est - il écrié avec force, j’accuse cet homme d’avoir enterré une mère avec un coeur de criminel».

Être étranger au monde qui nous entoure peut nous faire condamner à mort.

Albert Camus. L’étranger. Collection Folio. Gallimard.

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L'étranger de Camus: être étranger au monde qui nous entoure peut nous faire condamner à mort

 

une biographie de camus

Une biographie intellectuelle d'Albert Camus par Roger Grenier qui l'a bien connu à Combat et chez Gallimard Suite


le gang de la clef a mmolette de edward abbey


«Le mythe de Sisyphe, essai sur l’absurde» est l’un des textes fondateurs de cette philosophie de l’absurde qui traverse toute l’oeuvre de Camus Suite



 

CENTENAIRE CAMUS

en bref...


Un entretien avec Laurence Tacou, éditrice de l'Herne, à propos du Cahier Camus.


Albert Camus. La philosophie de l'absurde. Les oeuvres de Camus sont publiés chez Gallimard.


Albert Camus. L'homme révoltéL’homme révolté a été publié en 1951. Il déclencha dès sa sortie de nombreuses polémiques


Albert Camus. La peste." Je veux exprimer au moyen de la peste l'étouffement dont nous avons souffert et l'atmosphère de menace et d'exil dans laquelle nous avons vécu" écrit Camus en 1942 dans ses carnets.


Albert Camus. L'étranger. Être étranger au monde qui nous entoure peut nous faire condamner à mort.

 


Couverture du roman de Gabriela Adamesteanu

La peste n'est pas seulement la guerre mais le mal sous toutes ses formes,physique comme moral, la terreur, l'exil, et la séparation, un thème important dans l'ouvrage. Et tout naturellement se pose la question de l'attitude à adopter face a ce fléau Suite