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Le liseur du 6H27, un roman de Jean Paul Didierlaurent

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N’en déplaise à André Gide on arrive parfois à faire de la bonne littérature avec des bons sentiments.

Un charmant petit livre de Jean Paul Didierlaurent

Jean-Paul Didierlaurent le prouve avec un charmant petit livre, Le liseur du 6H27 paru aux éditions Au diable vauvert. Ici les gentils sont tous très gentils et les méchants irrémédiablement très méchants et le lecteur ne doute pas un seul instant que l’histoire finira sur un inévitable Happy End. Trop simple ? Trop attendu ? Peut-être, mais en tout cas charmant comme un conte de notre enfance.


Affublé d’un nom qui appelle irrésistiblement la contrepèterie, Guylain Vignolles, passionné de littérature, broie des livres invendus dans une redoutable broyeuse au nom terrible de Zerstor 500, un monstre de fer et d’acier qui a déjà avalé dans un accès de rage les deux jambes de son meilleur ami, Guiseppe Carminetti. La machine que Guylain a baptisé « La Chose », dévore les livres dans un processus répugnant et absurde.


« Plus aucune trace ne subsista des livres qui gisaient encore quelques minutes auparavant sur le sol du hangar. Il n’y avait plus que cette charpie grise que la Chose expulsait dans son dos sous la forme de gros étrons fumants qui tombaient dans les bacs en émettant d’affreux bruits humides. Cette pate à papier grossière servirait un jour prochain à fabriquer d’autres livres dont un certain nombre ne maqueraient pas de finir à nouveau ici, entres les mâchoires de la Zerstor 500. La Chose était une absurdité qui mangeait avec une gloutonnerie abjecte sa propre merde. »


Chaque jour Guylain descend dans les entrailles du monstre pour sauver quelques pages qui ont échappé par miracle à la mâchoire de l’ogre mécanique. Il les lit ensuite aux passagers du RER de 6h27 qui attentifs voire même émerveillés, n’interrompent jamais cette lecture matinale devenue pour beaucoup magique et indispensable. « Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine ».


Mais la vie de Guylain bascule quand il découvre, coincée dans un strapontin du RER, une clé USB. Une clé magique qui lui révélera que quelque part une cendrillon des temps modernes –en l’occurrence, Julie, la dame-pipi d’un gigantesque centre commercial – passionnée comme lui de littérature et écrivain à ses heures, attend le prince charmant qui l’emmènera enfin loin des mauvaises odeurs qu’elle chasse a grands coups serpillère imbibée d’eau de javel.

Un roman avec une galerie de personnages hauts en couleur, farfelus et attachants

Jean-Paul Didierlaurent, lauréat de plusieurs concours de nouvelles, évite dans ce premier roman de sombrer dans le récit à l’eau de rose grâce à une galerie de personnages hauts en couleur, farfelus et attachants. Ainsi, aux côtés de Guylain Vignolles, « un nom à la con », gravitent le gardien de l’usine, Yvon Grimbert, grand amateur d’alexandrins et qui lui-même ne s’exprime qu’en vers de douze pieds, Guiseppe qui n’a de cesse de retrouver tous les livres fabriqués avec de la pâte à papier mélangée à ses jambes broyées, et la lignée des poissons rouges baptisés les uns après les autres Rouget de l’Isle, uniques compagnons de Guylain Vignolles. A côté des « gentils » il y a les « méchants » : Felix Kowalski et Lucien Brunner, « le gros et le con » qui l’un comme l’autre éprouvent un sentiment proche de la jouissance à voir jour après jour la Zerstor 500 engloutir sa ration de bouquins.


Avec ce premier roman Jean-Paul Didierlaurent a fait mouche. Acheté dans 24 pays, Le liseur du 6H27 pourrait même être adapté prochainement au cinéma.

Le Liseur du 6H27. Jean-Paul Didierlaurent. Au diable Vauvert

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Présentation du Liseur de 6h27 de Jean Paul Didierlaurent