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Terminus radieux de Antoine Volodine

par

Volodine, après un début prometteur, a incontestablement raté le terminus.

C'est un monde apocalyptique que nous présente Antoine Volodine dans son dernier livre, "Terminus Radieux", publié au Seuil et récompensé du Prix Médicis 2014.


Le territoire de la Russie et une bonne partie de l'Europe ont été dévastés par des explosions successives de centrales nucléaires. Un vent chargé de particules atomiques balaye la steppe et la taïga russes. Des plantes jusqu'à la inconnues ont apparues, d'une beauté maléfique aux noms aussi mystérieux et poétiques, que Volodine enumère périodiquement comme une litanie : "la molle-guillote, la malveinée, l'ashrang, la captive-petite-gloire, la benaise-des saules, la demoiselle-en-fuite, la masscaratte, la belle-de-quatre-heure, la pituitaine, la douce-lieuse ou la Jeanne-de-minuit"
En quelle année sommes-nous ? Loin, sans doute très loin dans le futur. On comprend que le capitalisme n'a pas réussi à s'installer durablement en Russie qui a fait un retour vers le passé. Une seconde Union soviétique a vu le jour, dirigée par des communistes purs et durs, fidèles aux rêves égalitaristes, installés en un lieu mythique : l'Orbise. Mais cette URSS bis n'a pas réussi à se maintenir, débordée peu à peu par les coups de boutoirs des partisans du capitalisme sauvage. L'Orbise est vaincue mais les capitalistes ne peuvent concrétiser leur victoire dans un pays que des catastrophes nucléaires à répétition ont rendu invivable.

Un recit de fin du monde

Sur ce territoire dévasté, trois soldats, trois déserteurs - une femme et deux hommes - errent à la recherche d'un havre de paix : Vassilissa Marachvili, Iliouchenko et Kronauer, le "héros" de ce récit de fin du monde. Le nom de Kronauer n'a sans doute pas été choisi au hasard : c'est aussi l'un des hétéronymes que l'auteur, également traducteur de russe, a utilisé avec les noms de Manuela Draeger, ou Lutz Bassman pour signer de précédents ouvrages. Une technique qui n'est pas sans rappeler celle, utilisée bien avant Volodine par Fernando Pessoa. A bout de forces, Vassillissa agonisante, les trois déserteurs arrivent à proximité du sovkhoze l'Etoile Rouge et Kronauer part en éclaireur chercher de l'aide au kolkhoze "Terminus Radieux".

Un magicien aux yeux jaunes qui évoque le fameux regard de Staline

La il rencontre d'étranges personnages, mi-hommes, mi-mutants, encore vivants ou déjà morts, parmi lesquels le redoutable Solovieï, sorte de géant de la steppe à la stature impressionnante et dont l'aspect renvoie aux légendaires preux russes, Ilya Mourometz, Aliocha Popovitch et Soloviei le Brigand. Solovieï, le président du kolhoze, est un chaman, un magicien qui vrille tous ceux qu'il rencontre de ses yeux jaunes insoutenables, une allusion sans doute au fameux et redoutable regard de Staline. Solovieî est non seulement immortel mais il a aussi le don de "pénétrer" dans l'esprit de ses administrés et de ses ennemis où qu'ils soient et à n'importe quel moment. Il peut aussi ressusciter les morts, les "ravoir" comme il dit lui même pour les transformer en véritables zombies. A la manière d'un oracle Solovieï profère régulièrement des discours soi-disant préminonitoires qu'il grave sur des rouleaux de cire et réécoute périodiquement. Autour de Solovieï gravitent ses trois filles qu'il appelle aussi ses trois femmes, toutes trois mutantes et portant peruque pour cacher leur crane sans le moindre duvet. L'âme damnée de Solovieï se nomme la Memé Oudgoul que les radiations ont rendue immortelle et dont la tache principale est de "nourrir" avec des déchets radioactifs et des cadavres la pile nucléaire du kolkhoze "Terminus Radieux" enfouie sous terre à des profondeurs inaccessibles

Dernier espoir de liberté: un camp de concentration

Kronauer, définitivement séparé de ses deux compagnons, part en train, avec un groupe de soldats, à la recherche de l'unique endroit où lui et ses compagnons pensent pouvoir être enfin libres : un camp de concentration qui ne figure plus sur aucune carte. Car dans ce monde sans espoir, le camp apparait comme le stade suprême de la liberté. "Personne ne peut nier, assure l'un d'un soldat, que le camp est le dégré supérieur de dignité et d'organisation à quoi puisse aspirer une société d'hommes et de femmes libres ou, du moins, déjà suffisamment affranchis de leur condition animale pour entreprendre de construire de la libération , du progrès moral et de l'histoire".

Des redites de plus en plus laborieuses et pénibles

Intrigué par ce récit, emporté par le talent de narrateur d'Antoine Volodine, le lecteur, conquis et pris au piège, reste persuadé au bout de 200 pages qu'il n'en est qu'au début de l'histoire, s'attend à la voir gagner en ampleur et en rébondissements. Malheureusement, ses attentes restent vaines : les 300 pages suivantes n'apporteront rien de nouveau sinon des redites, de plus en plus laborieuses et pénibles.

Cette fois, Volodine, après un début prometteur, a incontestablement raté le terminus.


Terminus Radieux. Antoine Volodine. Seuil.