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L'oubli que nous serons un roman de l'écrivain colombien Hector Abad

par André Birukoff

Un plaidoyer contre la violence comme instrument politique

couverture roman  abadLa Colombie est le seul pays au monde à avoir appelé « violence » une période de son histoire. Commencée à la fin des années 50 cette violence n'a jamais cessé. Elle a meurtri a jamais la famille de l'écrivain colombien Hector Abad qui dans son dernier livre publié chez Gallimard, « L'oubli que nous serons », rend un ultime hommage à son père qui en fut victime à la fin des années 80.
En Colombie, estimait le père d'Hector Abad « le plus nocif pour la santé des hommes, n'est pas la faim, ni la diarrhée ou la malaria, ni les virus ou les bactéries, ni le cancer ou les maladies respiratoires et cardiovasculaires. Le pire agent de nuisance, celui qui occasionne le plus de morts parmi les citoyens du pays ce sont les autres êtres humains. Et cette plaie (…) a le visage typique de la violence politique ».
Le père d'Hector Abad père a été abattu par des tueurs à moto en 1987 à Medellin où les trafiquants de drogue régnaient alors en maîtres. On retrouva dans sa poche une liste des personnalités de la ville, menacées comme lui, et dont plusieurs connurent effectivement le même sort. On retrouva aussi, recopié à la main, un poème de Jorge Luis Borges dont la première strophe « Nous voila devenus l'oubli que nous serons » a inspiré le titre du livre d'Hector Abad.
On ignore toujours qui a appuyé sur la gâchette et qui a commandité le meurtre. Le père d'Hector Abad dénonçait la violence des paramilitaires d'extrême droite, tacitement tolérés par les autorités, et qui voyaient en lui un « idiot utile » manipulée par la guérilla d'extrême gauche. On comprend facilement de quel côté penchent les soupçons de son fils.
Mais quels que soient les meurtriers, Hector Abad a voulu surtout préserver de l'oubli la mémoire d'un père qui fut héroïque au quotidien et rendre en même temps hommage aux milliers de Colombiens, célèbres ou inconnus, qui ont payé de leur vie leur refus de la violence.
Ce livre, écrit Mario Vargas Llosa dans une très belle préface est « l'un des plaidoyers les plus éloquents jamais écrits contre la terreur comme instrument politique ».

André Birukoff.


Hector Abad. L'oubli que nous serons. Gallimard. (Préface de Mario Vargas Llosa)

 

L'écrivain colombien Hector Abad écrit dans L'oubli que nous serons un plaidoyer contre la violence politique