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Diamants et silex. Jose Maria Arguedas

Diamants et silex: un récit en forme de parabole

L’Indien Mariano, un simple d’esprit, chassé de son village par son propre frère, se rend en ville, bien loin de sa Cordillère natale, où règne en maître le jeune Aparicio qui le prend sous sa protection. Un privilège redoutable qui signifie droit de vie mais aussi droit de mort.


Publié aux éditions de L’Herne, Diamants et Silex de José Maria Arguedas, écrivain majeur de la littérature péruvienne, se lit en quelques heures, d’une seule traite. Ce petit livre est précédé d’une préface remarquablement éclairante de Mario Vargas Llosa.
Sans avoir jamais appris la musique Mariano joue de la harpe comme personne et parvient par l’incomparable beauté de ses mélodies à bouleverser le jeune Don Aparicio qui, fasciné, lui témoigne de son respect en lui donnant du « Don Mariano » et exige qu’il ne joue plus que pour lui.
Car le pouvoir de Don Aparicio est sans limite et c’est ainsi qu’il l’exerce sur tous ceux qui l’entourent, les femmes en particulier, pratiquant sur les jeunes Indiennes un droit de cuissage que nul n’oserait contester. Don Aparicio prend et jette, reprend et rejette jusqu’à ce que un amour inattendu vienne troubler cette routine qui s’emblait immuable.
Don Aparicio s’entiche d’une jeune femme blonde, sans une once de sang indien dans les veines, venue de Lima en compagnie de sa mère. Subjugué, Don Aparicio perd aussitôt de son arrogance et multiplie les cadeaux et les offrandes pour gagner le cœur d’Adelaïde. Mais pour la première fois de sa jeune existence, Don Aparicio rencontre quelqu’un qui ose lui résister. La jalousie, la peine, le disputent à la colère et à la rage jusqu’à faire une victime innocente : Don Mariano lui-même que dans un accès de folie Don Aparicio précipite du haut d’un balcon.


Avec ce court récit en forme de parabole, José Maria Arguedas, fervent défenseur de la cause indienne, traite d’un thème récurent de son œuvre : les rapports complexes et toujours inégaux entre les communautés andines et le monde hispanophone occidentalisé et moderne. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Diamants et Silex n’est évidemment pas un ennuyeux essai politique. Et c’est en ayant recours à une vielle tradition latino-américaine, le « réalisme magique », qu’Arguedas nous fait voir et comprendre la réalité péruvienne dans un récit ponctué d’expressions quechua avec toujours en toile de fond les coutumes, les costumes, les rites et l’incomparable musique des Indiens des Andes.
Car quoi de plus magique que cette capacité des Indiens de s’exprimer par la musique mieux que par la parole ? Et comment ne pas croire à cette tradition du renouvellement des mélodies la nuit du solstice d’été ? « C’est la seule nuit de l’année ou l’eau, en tombant sur la pierre et en roulant ses éclats brillants crée des mélodes nouvelles ! Chaque maître harpiste à sa pak’cha (cascade) secrète. Il s’avance, de face, caché sous les panaches des grands roseaux ; certains se suspendent aux troncs des poivriers, au dessus de l’abîme où le torrent s’engouffre et pleure. Le lendemain, et pendant tous les fêtes de l’année qui suit, chaque harpiste joue des mélodies inédites. Le fleuve leur a dicté une harmonie nouvelle, droit au cœur ».
André Birukoff

Diamants et silex. José Maria Arguedas. L’Herne


José María Arguedas, (1911-1969) écrivain et ethnologue péruvien, est l'une des figures majeures de la littérature latino-américaine du XXe siècle. Fils naturel d’un avocat itinérant et d’une servante indienne, il sera victime des mauvais traitements de sa marâtre et c’est auprès des domestiques de la famille qu’il a découvert la culture et la langue quechua.
Outre trois romans majeurs, La fête du sang (2001), Les Fleuves profonds, (1966), Tous sangs mêlés (1970) il est aussi l’auteur de poèmes, de contes et de récits.
Son œuvre est marquée par la dualité linguistique et culturelle entre l’espagnol et le quechua symbole de la division du Pérou entre un monde andin indien dominé et monde côtier hispanophone dominateur. Souffrant de dépression nerveuse, il s’est suicidé en 1969, un geste qui symbolise sans doute les clivages insurmontables de la société péruvienne.

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Un petit roman de l'écrivain peruvien Jose Maria Arguedas aux editions de l'Herne