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Pour survivre aux Etats-Unis, l'essentiel est de jamais être sincère

L'Amérique? "L'essentiel pour survivre dans ce pays est de ne jamais dire ce qu'on pense". L'Australie? Les Australiens sont" les scories de la société britannique : une colonie pénale transformée en nation".

L'écrivain mexicain Alvaro Enrigue est sans illusion sur ses congénères qu'ils soient latinos ou gringos. Tous ses personnages que ce soit l'électricien qui s'endort dans le restaurant dont il a réparé les fusibles, le cuisinier qui participe à un concours gastronomique à Lima, où le médiocre écrivain devenu sans le vouloir auteur de best-sellers mènent des existences absurdes mais ne se font aucune illusion sur leur situation. " Les australiens ont été les scories de la société britannique: une colonie pénale transformée en nation. Il y a quelque chose d'héroïque dans ce statut (...) Nous les gringos nous n'avons même pas ça : nous sommes la racaille planétaire, ceux qui furent rejetés par les autres pays et viennent chercher une seconde chance". Il n'y a finalement dans ce bas monde qu'une seule chose à laquelle on puisse peut-être se raccrocher - et encore ... - c'est le sexe. L'auteur s'en donne a coeur joie avec une certaine Tijuana - comme la ville frontière . "Pisse moi dessus, a t-elle ordonné. Après un moment d'indécision, j'ai ouvert les vannes et j'ai doré son sexe, son estomac, ses seins,ses épaules, son sourire. Elle est entrée dans une extase qui a failli me rendre fou". Le sexe? N'y aurait il que ça dans la vie? Dans ce domaine aussi, Enrique a un "moment d'indécision".


Alvaro Enrigue. Hypothermie. Gallimard.

Alvaro Enrigue, écrivain et journaliste, est né à Mexico en 1969 et a vécu plusieurs années aux Etats-Unis. Il est l'auteur de trois recueils de nouvelles et de trois romans, dont Vies perpendiculaires (2009) également paru chez Gallimard. Lors de la sortie de ce livre, à mi chemin entre roman et nouvelle, il avait déclaré : "Je ne suis tout simplement pas capable d’écrire ni un roman simple, symétrique et qui commence une année et se termine l’année suivante ni un livre composé d’unités indépendantes. Au fur et à mesure des années, j’ai rationalisé cela et j’en ai conclu que c’était l’esprit du temps : j’appartiens – fait du hasard – à la première génération d’écrivains digitalisés du monde"