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A lire : roman
Elena Garro. La maîtresse d'Ixtepec

L’arrivée de Felix Hurtado à Ixtepec change le destin de ce village du sud du Mexique. Personne ne connait ce mystérieux jeune homme qui tire ses cigarettes du vide, dont les pas ne laissent aucune trace et qui commande au temps. Il arrête le temps et fige les habitants du village pour soustraire Julia Andrade au général Francisco Rosas qui l’a enlevée et éprouve pour elle une passion qu’elle ne partage pas.
« La Maîtresse d’Ixtepec » est la version française de «Los recuerdos del porvenir » (les souvenirs du futur), première oeuvre d’Elena Garro, publiée en 1963 et portée à l’écran en 1969 par Arturo Ripstein. C’est un classique de la littérature mexicaine et c’est aussi l’archétype du « réalisme magique », un style typiquement latino-américain où la poésie le dispute au merveilleux, à l’ironie et parfois à l’horreur.
Elena Garro, première femme d’Octavio Paz dont elle a divorcé en 1968 après cinq ans de séparation, y retrace une des pages les plus sanglantes de l’histoire du Mexique : la révolte des « Cristeros », les croyants catholiques pourchassés par les militaires, maitres d’œuvre d’une politique farouchement anticléricale après la révolution de 1910 d’Emiliano Zapata et Francisco « Pancho » Villa, eux-mêmes éliminés par le dictateur Venustiano Carranza.
Le narrateur de « La Maîtresse d’Ixtepec», n’est autre que le village lui-même qui raconte à la première personne les événements tragiques dont le général Francisco Rosas est le principal responsable.
Autour du général gravite une galerie de personnages, souvent étranges, parfois grotesques ou attendrissants, comme Juan Cariño, le fou qui se prend pour le président de la République et parcourt les rues d’Ixepec pour attraper les mots dangereux au vol afin de les empêcher de « semer le malheur ». Revenu chez lui, il s’enferme dans sa chambre « pour réduire les mots en lettres et les ranger à nouveau dans le dictionnaire d’où ils n’auraient jamais du sortir ».
Après la fuite de Felix Hurtado et Julia Andrade, Isabel Moncada, issue d’une famille de « Cristeros », se donne, dans un mélange de peur, d’admiration et d’amour, à Francisco Rosas pourtant responsable du malheur de ses proches. Mais dans le cœur du général elle ne parvient pas à remplacer Julia, ni apaiser sa rage qui s’exprime, entre autres, par l’exécution systématique de tous les croyants du village. Réalisme magique oblige, Isabel finira transformée en pierre.
Qualifié par Octavio Paz d’«œuvre majeure de la littérature latino-américaine», « La Maîtresse d’Ixtepec » n’est pas seulement un récit historique c’est aussi et surtout une réflexion, hors du temps, sur la soumission à la tyrannie, la passivité, la lâcheté et l’oubli. Ab

Elena Garro. La Maîtresse d'Ixtepec . L'herne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A lire : nouvelles
Zitilchen, des nouvelles de l'écrivain méxicain Hernan Lara Zavala

Neuf nouvelles de l’écrivain méxicain Hernan Lara Zavala qui composent le «roman» de Zitilchen, une bourgade imaginaire du Yucatan, au Mexique, où les paysans craignent encore de nos jours de rencontrer des fantômes mayas. De blanches maisons de torchis sont disséminées le long des chemins qui mènent au village, parmi les tamaris, les orangeraies et les flamboyants. Et sur la Plaza, près d’un petit parc orné de plantes et de fleurs,les fastueuses résidences des grandes familles d’antan. Car Zitilchen se meurt : à une certaine époque, le village comptait 5000 habitants, mais les bistrots où des générations entières de potentats locaux buvaient de la bière sont maintenant souvent déserts.
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