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Les Signes qui précéderont la fin du monde roman de Yuri Herera

Un roman de Yuri Herrera autour d'un voyage initiatique jusqu'aux racines du Mexique

par André Birukoff

A la demande de sa mère la jeune Makina quitte son pays et part de l’autre côté de la frontière, à la recherche de son frère pour lui transmettre un message. Une mission simple en apparence mais qui se transforme en voyage initiatique, marqué par neuf épreuves qui nous font remonter jusqu’aux racines du Mexique et nous rappellent les rapports toujours tendus et soupçonneux avec le grand voisin du Nord, les Etats-Unis.


C’est le cœur vaillant que Makina commence son périple. Elle a l’habitude de transmettre les messages, dans son village natal elle est chargée du « téléphone central » qui consiste à recevoir les appels et courir à toute vitesse pour en avertir les destinataires. Messagère, elle a tenu parfois le rôle de médiatrice entre les chefs mafieux : les M. Hache, M. Doublevé, M. Q ou M. Pé, qui contrôlent toutes les opérations illicites de la région et notamment les « passeurs » d’émigrés clandestins.


« Transmettre les messages c’était la manière de Makina de prendre part au monde », nous explique Yuri Herrera pour présenter l’héroïne de son roman, « Signes qui précéderont la fin du monde », paru chez Gallimard. Après « Les Travaux du Royaume », également chez Gallimard, il s’agit du deuxième ouvrage de Yuri Herrera dont le style fluide, admirablement rendu par sa traductrice Laura Alcoba, n’est pas sans rappeler le Juan Rulfo de l’inoubliable et mystérieux Pedro Paramo.


Makina est une fille au caractère bien trempé et rien ne lui fait peur. Gare à celui qui ose lui manquer de respect, comme ce passager de l’autocar qui l’emmène chez les « Gavaches », autrement dit les Américains. « Malika se tourna vers lui, elle le regarda droit dans les yeux pour qu’il sut que ce qui allait suivre n’était pas accidentel, elle posa un doigt sur ses lèvres, Motus, hein, et avec son autre main elle saisit l’annulaire de la main qui l’avait touchée puis elle le tordit jusqu’à l’approcher du dos de la main du garçon, à quelques centimètres à peine ; tout cela en une seconde. La douleur fit tomber l’aventurier à genoux dans le petit espace qui se trouvait entre son siège et celui de devant et il ouvrit la bouche pour crier, mais avant même que l’ordre n’arrivât jusqu’à son cerveau Makina avait déjà le doit posé sur ses lèvres, Motus, hein ».


Personne d’autre que Makina ne peut accomplir la mission dont elle a été chargée. Un mystère de plus dans ce roman qui n’en manque pas et qui consiste en un va-et-vient incessant entre la modernité et les mythes précolombiens. Avec Yuri Herrera même le baseball prend une allure mythique. « Les Gavaches jouent à un jeu qui leur permet chaque semaine de célébrer ce qu’ils sont. (…) Il y en a un qui donne un coup de bâton, ensuite il s’élance comme s’il allait parcourir le monde en passant par chacune de leurs bases, vous savez que les Gavaches ont des bases partout dans le monde, n’est-ce-pas ? Bon, eh bien, celui a donné le coup de bâton les parcourt tandis que les autres continuent à frapper pour distraire les ennemis, et, si personne ne lui rend le coup, il rentre à la maison et les siens l’accueillent avec accolades et des réjouissances ».


La plupart des nouveaux « mythes » forgés par Herrera, renvoient à la réalité quotidienne des rapports entre le Mexique et les Etats-Unis et au sort douloureux des émigrés qui continuent de croire au paradis américain malgré les mises en garde et les risques de n’y trouver rien d’autre que la mort.


Signes qui précéderont la fin du monde. Yuri Herrera. Gallimard

 

Présentation des Signes qui précéderont la fin du monde, un roman initiatique de l'écrivain mexicain Yuri Herrera