www.a-lire.info
Le magazine des livres

L'assassinat de Trotski

Un livre de Leonardo Padura,L'homme qui aimait les chiens sur l'assassinat de Trotski par Ramon Mercader

Ramon Mercader del Rio a toujours gardé dans l'oreille le cri de douleur, de rage et de désespoir, poussé par Léon Trotski quand il lui a fracassé le crâne d'un terrible coup de piolet. Hanté par ce cri, Mercader qui pensait, en accomplissant un ordre personnel de Joseph Staline, entrer dans l'Histoire en héros est devenu l'un des meurtriers les plus abjects de tous les temps.
C'est cette vielle histoire, mainte fois écrite, que Leonardo Padura, sans doute l'un des meilleurs écrivains cubains de sa génération, a choisi de raconter dans son dernier ouvrage, « L'homme qui aimait les chiens » aux éditions Métailié. Mais même si l'histoire est ancienne elle n'en est pas moins passionnante et Padura, en lui donnant un nouveau souffle, réalise l'exploit d'emporter son lecteur, sans aucun temps mort, dans un récit haletant, long de quelque 600 pages qui tient aussi bien du thriller que de l'essai politique.


En fait ce n'est pas une mais trois histoires qui s'imbriquent étroitement, chapitre après chapitre, que Padura raconte. Celle de Léon Davidovitch Trotski que Staline est parvenu à chasser du pouvoir et a exilé hors des frontières de l'Urss. Celle du communiste catalan, Ramon Mercader, enrôlé par le Guépéou pendant la guerre d'Espagne, et qui se prépare méthodiquement au crime historique qu'il fini par commettre à Mexico le 20 août 1940. Celle enfin d'Ivan, un écrivain cubain raté, qui à la fin des années 70 rencontre, apparemment par hasard, sur une plage non loin de La Havane, un étrange personnage, Jaime Lopez, qui s'y promène régulièrement accompagné de deux splendides lévriers russes, deux barzoïs de pure race, qui semblent être son unique passion.
Jaime Lopez n'est autre que Ramon Mercader, alias Jacques Mornard, alias Frank Jacson, élevé au rang de Héros de l'Union soviétique en 1960 après avoir purgé une peine de 20 ans de prison au Mexique. Mort à Cuba en 1978, il est enterré à Moscou au cimetière de Kountsevo sous le nom de Ramon Ivanovitch Lopez.

La fin d'une utopie

Ce n'est qu'après la chute de l'Urss, donc bien après la mort de Mercader, qu'Ivan, tenaillé par la peur dans un pays que l'autoritarisme stalinien a fait sombrer dans la misère, ose enfin coucher sur le papier ce que l'amateur de barzoïs lui a raconté lors de leurs improbables rencontres. Il comprend alors que l'histoire qu'il écrit est celle de la fin d'une utopie, la fin d'un rêve égalitaire que Staline, dictateur mégalomane, s'est employé mieux que personne à défigurer et détruire. En l'écrivant il découvre aussi l'étendue de sa propre ignorance et de celle de tout un peuple trompé par son dirigeant, Fidel Castro qui à l'image d'autres disciples de Staline, a préféré oublier que l'idéologie à laquelle il s'est raccroché avait été assassinée bien avant qu'il ne prenne le pouvoir.
Ainsi, grâce à l'histoire de Trotski, Ivan découvre « l'ignorance programmée dans laquelle nous (les Cubains) avions vécu durant des décades et la façon systématique dont notre crédulité et nos connaissances avaient été manipulées ».

André Birukoff

L'homme qui aimait les chiens. Leonardo Padura. Métailié.

+ + Avec Frida Kahlo Léon Trotski joue les amoureux transis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'assassinat de Trotzki par Ramon Mercader vu par l'écrivain cubain Leonardo Padura