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Bouïda: Potemkine ou le troisième coeur

«Le crime n’entraîne pas le châtiment aussi inexorablement que l’affirme Dostoïevsky ! déclara le barbu en levant le doigt d’un air docte. Le châtiment est inexorable uniquement dans le cas ou Dieu existe et dirige le bien et le mal comme un cocher dirige des chevaux blancs et noirs».

Potemkine et le troisième coeur est la quatrième fiction de l’écrivain russe Iouri Bouïda publiée chez Gallimard. Cent soixante pages où l’écriture puissante de Bouïda nous entraîne dans les abîmes de la conscience. «Ca me fait vomir, je n’arrive pas à dormir,mes pensées pourrissent, elles empestent, elles me dégoûtent,ces pensées surtout la nuit, elles rampent, elles se tortillent comme d’ignobles vers, elles envahissent tous les replis, l’aire de Broca et l’aire de Wernicke, elles ressortent des circonvolutions et elles rampent, elles se traînent comme des Boches hors de leurs tranchées puantes».

On est à Paris, entre les deux guerres, dans le milieu des exilés russes . «Ils priaient dans des églises orthodoxes; envoyaient leurs enfants dans des écoles russes et discutaient de Dostoïevsky au café La Rotonde, sur les portes duquel un habitué caustique avait proposé un jour d’inscrire le slogan : «Psychopathes de tous les pays, unissez vous». On retrouve dans ce livre certains des thèmes favoris de Bouïda comme le châtiment, ou l’expiation, avec des personnages déroutants, à la limite du fantastique, comme ce grand blessé de la guerre de 14 dont le crâne est recouvert d’une calotte en acier. Est ce lui qui a égorgé sept femmes à Deauville et jeté leurs corps dans une fosse commune? Dans ce climat glauque et incertain, même le sommeil n’apporte pas le repos.

«Les pas s’éloignent. Plus un bruit. Rien que celui du vent et du ressac, comme le murmure du sang qui ronge les veines fragiles et qui bouillonne en vagues écarlates dans le gouffre du coeur, mais il n’a pas la force de briser la solitude,d’enfoncer cette porte invisible, de démolir ces murs invisibles,humides et visqueux qui dégagent un froid glacial».

Ce dernier roman de Bouïda dégage une atmosphère cauchemardesque hantée par nos angoisses. Un livre difficile, au langage superbe, servi par une excellente traduction de Sophie Benech.

Iouri Bouïda. Potemkine ou le troisième coeur. Gallimard.

Présentation du roman de Iouri Bouïda chez Gallimard


A lire : roman étranger- russe
Ludmila Oulistkaia: Les sujets de notre tsar

Ce sont des petites nouvelles sans importance, des personnages simples et sans prétention. Mais ils ont tous une histoire. Une histoire toujours inattendue, toujours surprenante et toujours attachante. Avec ces petites vies mises bout à bout, Ludmila Oulistkaïa, brosse, en petites touches impressionnistes, le portrait des Russes depuis la terreur stalinienne jusqu’à nos jours.
Ludmila Oulitskaïa. Les sujets de notre tsar. Gallimard
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