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Le culte des droits de l'homme

Toute critique envers les droits de l'homme, même si elle est constructive, fait l'objet d'une désaprobation massive émanant essentiellement des milieux dits éclairés ou progressistes. Cette remarque de Valentine Zuber, dans son ouvrage intitulé Le culte des droits de l'homme, publié chez Gallimard dans la collection Bibliothéque des sciences humaines, montre la limite de l'exercice, spécialement dans un pays comme la France, où les droits de l'homme et leurs textes fondateurs sont devenus parole d'évangile.

Les propos de Hubert Vedrine, ancien ministre socialiste des affaires étrangères, devraient pourtant donner à réfléchir aux prêtres de cette nouvelle religion. Les gouvernements occidentaux, estime t-il, "s'estiment investis d'un rôle spécial qui n'est pas sans rappeler le"fardeau de l'homme blanc" cher à Kipling. On va vacciner les enfants. On estime avoir un devoir de démocratisation. Sans comprendre que dans le monde, beaucoup de gens ne se retrouvent pas dans cette culture du prosélytisme des droits de l'homme. Je suis aussi attaché aux droits de l'homme que n'importe qui et je ne suis pas relativiste, mais j'interroge: en quoi les Européens ont une légitimité particulière à intervenir".

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, œuvre éclair du mois d’août 1789, est devenue dès sa promulgation l’un des symboles révolutionnaires les plus populaires en France et à l’étranger et Valentine Zuber, historienne spécialiste de l'histoire de la liberté religieuse et de la laïcité en France et en Europe,a choisi pour son ouvrage le meilleur titre qui puisse exister. Comment peut-il y avoir en effet un tel "culte" dans un pays qui se proclame laïc ? On n'est certes plus à l'époque de la première Déclaration, faite " en présence et sous les auspices de l'Être suprême", mais , remarque Zuber, cette "citation a minima du rôle du divin dans l'énoncé des droits de l'homme à la française n'a jamais été remise en question dans l'histoire déclarative de notre pays"

La sacralisation implicite de la Déclaration des droits, credo révolutionnaire devenu républicain, pose ainsi, selon l'auteur, la question de l’existence d’une forme de religion civile dans la République, en dépit de sa laïcité revendiquée. Le culte des droits de l’homme, élaboré dès les premiers mois de 1789, s’est en effet constamment perpétué dans la tradition républicaine, du centenaire de 1889 au bicentenaire…

Le livre de Valentine Zuber donne tous les éléments d'appréciation nécessaires pour se faire sa propre opinion. Le tout sous une forme claire accessible au grand public et émaillée de nombreuses citations. C'est vivant, intéressant, et...édifiant.

L'auteur conclut quant à lui : " Cette religion civile des droits de l'homme nous semble encore justifiable et nécessaire à une société française qui connaît une mutation politique et sociale profonde et rapide".

Valentine Zuber. Le culte des droits de l’homme . Collection Bibliothèque des Sciences humaines, Gallimard

 

 

Focus

Valentine Zuber: le culte des droits de l'homme

Toute critique envers les droits de l'homme, même si elle est constructive, fait l'objet d'une désaprobation massive émanant essentiellement des milieux dits éclairés ou progressistes. Suite
Le culte des droits de l'homme. Gallimard. Collection Bibliothéque des sciences humaines


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