www.a-lire.info
Le magazine des livres

 

Crime et utopie, une enquête sur le nazisme

Le totalitarisme n'est jamais qu'une utopie qui a eu les moyens de réaliser sa logique mortifère. Dans Crime et utopie, une nouvelle enquête sur le nazisme, publié chez Flammarion, Fréderic Rouvillois professeur de droit public à l'université Paris-Descartes, met à jour les points communs entre les totalitarismes les plus meurtriers du 20e siècle, l'Allemagne nazie, l'Union soviétique de Staline, le Cambodge des Khmers rouges et la Yougoslavie de la purification ethnique, des régimes criminels partis d'une utopie, la volonté d'établir une société parfaite.

"Un système totalitaire est toujours d'essence utopique, écrit Rouvillois, puisque, au fond, c'est afin de réaliser la cité idéale et de promouvoir l'homme nouveau que l'on est amené a établir la surveillance, la contrainte, et l'enfermement perpétuel de chacun qui caractérise le totalitarisme: la grandeur"supposée" du but, et elle seule, parait susceptible de susciter et de justifier le déploiement des moyens, ainsi que l'usage illimité de la violence. Sans le rêve d'instaurer un paradis terrestre, le totalitarisme n'aurait pas de raison d'être".

L'ouvrage regorge d'exemples tirés des ouvrages théoriques des nazis ou de leurs maîtres à penser, mais montre aussi les arrière-plans sordides souvent dissimules derrière les grands principes. C'est ainsi, raconte Rouvillois, que l'épouse de Bormann, une nazie convaincue, ayant découvert que son mari la trompait avec une actrice, affecta de s'en réjouir allant jusqu'à décrire a son mari un système d'alternance des maternités qui permettrait à ce dernier de disposer toujours d'une femme en état de servir. "Une réaction, dit Rouvillois, dont Bormann la félicita à son tour, en lui déclarant qu'elle était de "bonne race national-socialiste". Et l'auteur met en parallèle l'une des utopies les plus célèbres du 17e siècle, l'histoire des Sévarambes, de Denis Vairas, dans laquellel les mal formés étaient exilés aux frontières du pays et parqués dans des ghettos avec la loi nazie sur la stérilisation des handicapés physiques et mentaux.

En se proposant de réaliser le bien absolu, l'utopie aboutit toujours au mal absolu, l'horreur étant proportionnée à la prétendue sublimité des fins que l'on visait. Pendant la Révolution française, Marat avait réclamé 270 000 têtes "par humanité" au lendemain des Massacres de septembre, Saint-Just proclamant de son côté que "ce qui constitue une république c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé".

Inquiétants rappels qui montrent comment le fanatisme idéologique, basé lui aussi sur un délire de transformation de l'homme et de la nature, bascule dans la folie meurtrière. Avec pour les bourreaux, l'excuse historique de ne pas avoir pu réaliser leur rêve...

 

Fréderic Rouvillois. Crime et utopie. Flammarion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous êtes sur la version mobile de A-lire.info

Nazisme et Utopie.




 


 

Heidegger, ecrits politiques