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Quelles sont les meilleures traductions de l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme?Ce « classique » de la sociologie qu'est devenu L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme de Max Weber est disponible en français dans trois traductions différentes. Outre la qualité de la traduction, toujours attentive à rester au plus près du texte original qu'elle restitue dans ses nuances et dans sa dynamique, l'édition de Jean-Pierre Grossein offre un dossier éditorial complet.

 

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Populismes.

Le populisme relooké version «patrimoniale» a le vent en poupe en Europe. Dominique Reynie, professeur à Sciences Po et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique, décrit avec acuité, dans son dernier livre, les racines de ce phénomène.

Dominique Reynie. Populismes: la pente fatale
(Plon)
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Dieu n'existe pas

Un ébouriffant voyage dans l'espace et le temps au cœur des théories cosmiques, cosmologiques, quantiques et autres, dans un univers d'électrons et de neutrons, de protons et de quarks d'Aristote à Einstein en croisant Newton, Descartes, Galilée et Copernic. Et Dieu dans tout ça? Justement, selon Stephen Hawking, plus iconoclaste que jamais, Dieu n'existe pas : la Science peut tout expliquer.
Stephen Hawking & Leonard Mlodinow.Y a-t-il un grand architecte dans l'Univers ? Odile Jacob
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La culture monde est- elle une supercherie?

La culture- monde comme l’apelle Lipovetsky, est-elle une supercherie destinée à masquer l’économisation totale de la planète, ou propose t-elle une nouvelle culture offrant par exemple une infinité de choix culturels et de possibilités de réalisation personnelle aux habitants de notre planète? Est-elle annonciatrice de nouveaux conflits encore plus durs qu’a l’époque des guerres nationales, qui n’opposeraient plus des Etats, mais des conglomérats culturels atomisés luttant pour leur survie ou leur suprématie? Même si leurs points de vue divergent, Lipovetsky étant plus optimiste que Juvin avec sa vision d’une humanité réconciliée, les deux auteurs ont l'honnêteté critique de répondre par le doute à beaucoup de questions.
Hervé Juvin. Gilles Lipovetsky. L’occident mondialisé. Grasset.
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A lire : idées
Les notions et concepts kantiens

Un dictionnaire de toutes les notions et concepts kantiens, expliqués par les textes de l'auteur lui-même, convoqués dans l'ordre chronologique de leur rédaction, ce qui permet de suivre l'élaboration d'une notion comme ses éventuelles transformations, cet ouvrage est aussi un guide de lecture : le lecteur y trouvera, au gré de son attente, et dans la diversité des articles, soit un recueil de textes (où viendraient se restituer des aspects importants de la doctrine), soit un lexique soucieux de précisions terminologiques, soit un répertoire de définitions sans viser, sous ce rapport, l'exhaustivité absolue, soit enfin l'esquisse de problématiques fondamentales de la systématicité propre à la philosophie kantienne. Cette édition ne s'est pas contentée de reprendre le célèbre Lexikon dans sa forme d'origine : le choix des notions a été réactualisé, de même que tous les textes ont été retraduits afin d'assurer à l'ensemble du dictionnaire sa nécessaire homogénéité et sa cohérence terminologique.
Rudolf Eisler. Kant-Lexikon. Édition d'Anne-Dominique Balmès et Pierre Osmo. Gallimard. ( en deux volumes, collection Tel, Parution en octobre 2011)

Les traductions de Max Weber

Laurent Rochard a examiné à la loupe les traductions en français de l'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme de Max Weber. Ses préférences vont à la traduction des éditions Gallimard.

Ce « classique » de la sociologie qu'est devenu L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme de Max Weber est disponible en français dans trois traductions différentes.

Quand on sait que des pans entiers de l'œuvre wébérienne – en particulier sa sociologie de la domination – ne sont toujours pas accessibles en français et quand on connaît le manque flagrant en France de traducteurs « compétents » – surtout pour la langue allemande ‑, on peut regretter cette « surabondance», qui ne peut que plonger le lecteur profane dans l'embarras. Mais, en l'occurrence, il semble que le bon choix ne soit pas trop difficile à faire.La première (Press Pocket, traduction de Jacques Chavy) est la reprise en édition de poche d'une traduction parue en 1964 – la 1ère édition allemande datant de 1904-1905 – qui, si elle avait à l'époque le mérite d'exister, n'était pas exempte, loin s'en faut, de déficiences, y compris au plan strictement linguistique. La reprise du même texte, sans aucune révision, mais dans une version abrégée (les longues notes que Weber avaient rédigées pour étayer sa démonstration, en particulier pour la seconde édition ont été « expurgées » ) ne témoigne pas d'un grand souci de rigueur de la part des éditeurs, soucieux, semble t-il,de ne pas perdre leur part de marché face aux deux nouvelles traductions, apparues plus récemment, l'une, en 2000, aux éditions Flammarion ( traduction d'Isabelle Kalinovski ), l'autre, en 2003, aux éditions Gallimard (traduction de Jean-Pierre Grossein ).

Malgré les titres prestigieux de son auteur ( Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm et agrégation d'allemand ), la traduction Flammarion recèle des erreurs et des bévues qui relèvent aussi bien de la culture historique et religieuse que de la compréhension du vocabulaire wébérien.

Ainsi, pour prendre quelques exemples, les « anabaptistes », longuement étudiés par Weber, disparaissent au profit des « baptistes » ; des « séminaristes » sont signalés au Moyen Age, alors qu'il s'agit d'une création du concile de Trente (1563 ) ; les « saints » prolifèrent dans le texte français, à la différence du texte original qui reste très parcimonieux, conformément à la tradition protestante, dans l'attribution de ce « titre ». Dans la même veine les « pasteurs » ou les « prédicants » sont systématiquement transformés, dans la traduction, en « prêtres ».

Deux autres bévues de taille, parmi d'autres. Premier cas : l'existence de chemins de fer en Amérique en 1643, alors que le texte original mentionne des entreprises métallurgiques ( la traductrice a confondu Eisenwerk et Eisenbahn). Plus grave encore la note de la page 325 : le texte français évoque les dispositions prises par le Long Parlement anglais pour exclure un lord, du nom de Supper, alors qu'en réalité, la question concernait la procédure d'exclusion de la sainte Cène ( car tel est le sens de Lord's Supper en anglais) ! Moins spectaculaire, mais touchant au cœur même de l'argumentation wébérienne, la traduction de la notion de Beruf par « métier » est particulièrement malheureuse, dans la mesure où Weber tente de montrer, à longueur de pages, qu'en forgeant cette notion pour sa traduction de la Bible, Luther conjoignait en un seul mot deux registres jusque-là distincts, celui du travail et celui et de la « vocation » ; la traduction par « métier » déforme totalement la démarche de Luther et par ricochet, celle de Weber. Rien n'est mieux à même d'illustrer ce point que la traduction d'une formule célèbre, par laquelle Weber veut décrire le changement de situation entre le puritain qui avait choisi de s'investir tout entier dans l'exercice d'une activité professionnelle qu'il concevait comme une vocation et l'homme moderne qui, lui, est contraint, par la nature même du système économique et social dans lequel il est enserré, de travailler : « Le puritain voulait être un homme du Beruf ; nous [ hommes modernes ] sommes contraints de l'être ». Traduire : « Le puritain voulait être un homme de métier… », c'est oblitérer totalement le registre « vocationnel ». A titre de comparaison, on signalera que la traduction Plon, mentionnée plus haut ( « Le puritain voulait être un homme de la besogne »), n'est pas plus satisfaisante. A titre de comparaison toujours et pour faire la transition avec la traduction Gallimard cette dernière propose une solution qui, nonobstant une certaine lourdeur, a l'avantage décisif de rendre pleinement le sens de l'analyse pour qui n'a pas accès directement au texte original: « Le puritain voulait être un homme de la profession-vocation ».

Parue en 2003, d'abord dans la collection prestigieuse « Bibliothèque des sciences humaines » chez Gallimard, puis, dès 2004, dans la collection « Tel » du même éditeur, la traduction de Jean-Pierre Grossein réunit un ensemble de qualités qui ont été saluées par la critique.

« Il faut saluer l'entreprise éditoriale et le travail de traduction de Jean-Pierre Grossein, lesquels, levant tous les obstacles surgis de la lecture flottante et bien d'autres imprécisions redoutables, font apparaître un livre entièrement nouveau » note ainsi Pascale Gruson, dans « Relire L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme », Esprit, 2003 . On pourrait citer aussi ces propos venus d'un autre horizon : « C'est au renouvellement de nos grilles de lecture de l'œuvre wébérienne que nous invite J.P. Grossein. Celui-ci n'a pas seulement livré une édition plus juste et plus complète. Les chemins qu'il a empruntés pour ce faire sont aussi d'un grand intérêt pour la sociologie économique. » (Gilles Bastin, « Weber dépasse Weber. A propos d'une nouvelle traduction de L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme », Sociologie du travail, 47, 2005 ).

En effet, outre la qualité de la traduction, toujours attentive à rester au plus près du texte original qu'elle restitue dans ses nuances et dans sa dynamique, l'édition de Jean-Pierre Grossein – lequel avait déjà proposé une édition et une traduction remarquables de textes de Weber sur la religion ( Max Weber, Sociologie des religions, Gallimard, 1996, 2e édition revue et corrigée 2006 ) – offre un dossier éditorial complet, d'une part en faisant apparaître très clairement les nombreux ajouts et éclaircissements que l'auteur a apportés dans la seconde édition de son texte (1920 ), la première édition datant de 1904-1905 et d'autre part en publiant dans le même volume l'ensemble des textes « anticritiques », dans lesquels Max Weber défend pied à pied sa « thèse » contre les critiques et les malentendus qu'elle a suscités dès sa parution.

Le malentendu central, celui qui a accompagné ce texte dès ses débuts et jusqu'à aujourd'hui, consiste à imputer à Weber la thèse – qu'il qualifie pourtant lui-même de « stupide » !– selon laquelle la Réforme protestant aurait engendré le capitalisme. Il faut bien dire qu'en proposant de mettre en relation des éléments jugés trop hétérogènes pour se prêter à cette démonstration, à savoir un fait religieux – la Réforme protestante – et le développement d'une dynamique économique spécifique, le capitalisme occidental moderne, Weber heurtait bien des sensibilités, matérialistes comme spiritualistes, de droite comme de gauche et que la subtilité de ses analyses requérrait autre chose qu'une lecture pressée ou paresseuse.

Ce qui vaut a fortiori pour les traductions et, en l'occurrence, on aura compris que le choix ne souffre pas la moindre hésitation.
Laurent Rochard